Installation «Contradiction» à l’Ifb : Sébastien Boko parle de l’hypocrisie de l’homme face au changement climatique


Le plasticien béninois Sébastien Boko prend part à l’exposition collective de huit artistes ouverte vendredi dernier à l’Institut français du Bénin sur le changement climatique, avec une vaste et géante installation intitulée « Contradiction » qui dénonce et interpelle.


« Contradiction », l’installation qui suscite des interrogations auxquelles…
Nul n’entre désormais à l’espace Joseph Kpobly de l’Institut français du Bénin à Cotonou sans distinguer Sébastien Boko. Comme une sentinelle, le jeune sculpteur d’origine béninoise y règne depuis vendredi 2 octobre 2015, si vaste et géant qu’il ne laisse aucun visiteur indifférent, ne serait-ce que pour quelques instants de méditation. L’œuvre qui en effet le représente en ces lieux est assez captivante. Sur 17m2 environ et une hauteur de 2,20m, l’artiste installe un assemblage de pots d’échappement de motos au milieu des charbons. Au début et à la fin sont représentés des visages d’êtres humains -5 au total- sculptés dans de gros troncs d’arbre et portant des lunettes réalisées à base de fer et de cadenas dont certains contiennent leur clé. Toute l’installation est ceinte à l’extérieur par de petits morceaux de bois colorés en vert. Le plasticien parle de « Contradiction ». Sébastien Boko prête ici son talent pour la sensibilisation et la lutte contre le changement climatique. L’installation est accusatrice de l’incohérence entre les plaintes et discours des hommes à propos de ce phénomène et leurs actes dans la quête du développement personnel ou collectif. L’artiste mentionne entre autres, la commercialisation du bois, l’importation en masse de motos qui envahissent le pays et autres activités que l’homme fait pour survivre. Et ce, avec comme revers, des conséquences qui constituent des menacent pour sa vie. Le changement climatique étant dû entre autres à la déforestation et à l’émission de gaz et de la fumée.  

Hypocrisie mondiale

… Sébastien Boko, l’auteur tente de répondre
A travers cette installation, Sébastien Boko voit les hommes dans une politique d’hypocrites face aux changements climatiques. Les lunettes  métalliques et cadenassées qu’il fait porter aux visages expriment son opinion sur le fait. Pour lui, en matière de changement climatique, les hommes refusent de voir.  « Il y a des gens qui ne veulent même pas entendre parler de changement climatique, parce que, en parler n’arrange pas leur business » soutient l’artiste qui ne croit pas que même ceux qui en parlent sont décidés à changer d’aptitude. A propos, il indexe les grands pays industrialisés qui aujourd’hui ne passent pour les premiers meneurs de la lutte contre les changements climatiques. «Sont-ils prêts pour arrêter la production de gaz et de la fumée à grande échelle» se demande le plasticien. Sinon que la clé à ce phénomène est dans les mains de l’homme mais qui malheureusement refuse de l’exploiter en vérité si ce n’est que dans les discours. Tout ceci, au nom de certains intérêts qui le rendent aveugle et l’éloigne du chemin de la vérité et de la verdure. Du coup, s’installe dira l’artiste, une sorte de désert. Sébastien Boko y voit un danger qui guette toute l’humanité.

Il est aussi coupable

Tout en dénonçant l’aptitude des autres, Sébastien Boko aussi s’installe d’une matière ou d’une autre dans la contradiction. Alors qu’il dénonce la commercialisation grandiose du bois et donc la déforestation, il vit ou profite lui aussi, de la déforestation. Nombre de ses sculptures sont taillées dans de gros troncs d’arbre qui ne sont que fruits de cette déforestation. Les 5 visages faisant partie de la présente installation en témoignent. Mais lui, il trouve négligeable l’effet de son exploitation du bois comparativement à ceux qui en commercialisent en nombre. «Etre  sculpteur, c’est donner de la valeur à la matière et à la culture. Que Sébastien Boko sculpteur prenne 4 à 5 bois, il n’y a pas de contradiction par rapport à celui qui exporte des conteneurs » se défend-t-il, ajoutant qu’il dispose des superficies de terre où il y a planté des arbres pour participer lui aussi au reboisement. De plus, il se dit ne pas être borné dans le bois. «Je peux manipuler beaucoup d’autres matières dont le métal ; nous avons une capacité mentale énorme.» nous a-t-il précisé.

Et déjà les couleurs

Parlant de l’expression de cette capacité mentale énorme, après les lunettes en fer et les cadenas qu’il introduit depuis peu dans ses œuvres, Sébastien Boko y ajoute désormais les couleurs qui, à l’en croire, le passionnent et l’interpellent. Mais il lui faudra encore du temps pour se faire accepter dans cette démarche un peu singulière d’ajouter de la couleur au bois qu’il reconnait pour l’avoir travaillé à l’étape nature pendant 14 ans, être déjà naturellement beau.

Blaise Ahouansè