«Les intrépides» de Ashakata : La bravoure et les valeurs artistiques des vodounsi révélées

Dans sa nouvelle création de danse « Les intrépides », le groupe de ballet Ashakata du Bénin rend un vibrant hommage aux femmes rurales adeptes de cultes vodoun en mettant le projecteur sur leurs talents.
Ashakata rend hommage aux vodounsi (ph archive)
Danser comme les vodounsi ; danser pour les vodounsi. Le groupe de ballet Ashakata de Porto-Novo loue et révèle les qualités des femmes adeptes de cultes vodoun au Bénin -tous couvents confondus- appelées vodunsi en langue goun. C’est dans le spectacle «Les intrépides» jeudi 19 janvier 2017 à la grande salle du Festival international de théâtre du Bénin (Fitheb). C’est la première de la création. Le spectacle s’ouvre par un tableau de bienvenue aux quelques spectateurs présents avec le rythme Adjogan de la cité des ayinonvi où est basé le groupe et où sont plus concentrées ses recherches. Le voyage délicieux de chant ainsi entamé conduit chez les vodounsi. Ce sont ces femmes qui pour la majorité, ne portent pas de corsage. Pour se vêtir, elles nouent un pagne au niveau de la poitrine. Elles sont vues parfois comme les dernières des femmes ; comme celles qui n’ont rien à faire, des bonnes à rien que de servir un esprit qui les possède. «Les intrépides» vient prendre leur défense. C’est à elles qu’est dédié le spectacle qui met en lumière leur bravoure et la richesse artistique de leur culte. Dans ce spectacle, le groupe Ashakata défend qu’elles sont des femmes à part entière comme tout autre ; de braves, courageuses, talentueuses, dignes ... femmes béninoises. Surtout dans les milieux ruraux, ce sont des femmes qui excellent dans les travaux champêtres, la transformation des produits agricoles et de petits commerces. Au-delà, elles ont des talents artistiques. «Les intrépides » est un travail de recherche qui exploite le coté culturel et artistique des danses vodoun qu’exécutent les vodounsi. Le produit final ici est une belle combinaison de plusieurs pas de danse de couvent présentés avec dextérité par de jeunes filles en complicité avec une seule femme-mère. C’est la confirmation une fois encore de ce que les danses de vodounsi constituent une riche et importante part du patrimoine culturel du Bénin. Et puisque c’est l’ère du « Bénin révélé » et le Président Talon veut que la révélation dans le domaine des arts et de la culture passe aussi par l’exploitation de la valeur culturelle du Vodoun, Jean-Marie Vidjennagni, promoteur et directeur artistique de Ashakata profite de ce vent pour révéler ces femmes et la valeur artistique des danses de cultes dont elles sont les gardiennes et les vecteurs. Content de ce spectacle, le Directeur du Fitheb, Erick-Hector Hounkpè dans sa logique de faire du festival un moteur de promotion du patrimoine culturel béninois sous diverses formes, promet participer à la diffusion de ce spectacle. Il annonce ramener le spectacle en salle au siège du Fitheb et dans d’autres espaces.

Une barrière à la promotion de «Les intrépides»

Dans le souci de préserver sa création contre la piraterie, le Directeur de Ashakata, Jean-Marie Vidjennagni interdit l’enregistrement du spectacle. Seuls les deux cadreurs qu’il a sûrement invités sont autorités à filmer. Quoi de plus normal ! Mais il va plus loin en interdisant la prise de photographies. A l’exception de l’une de ses marraines et une fille, certainement l’enfant de la marraine, tous ceux qui levaient leur téléphone portable ou autre appareil pour prendre des images sont systématiquement rappelés à l’ordre. Approché pour avoir son autorisation pour prendre ne serait-ce quelques images, le directeur artistique est resté catégorique sur sa décision parce que ce spectacle est le fruit d’un travail fouillé de longue date qu’il ne saurait laisser les gens copier. Ailleurs, d’autres directeurs artistiques, en plus de l’enregistrement auraient interdit juste les flashs. Le promoteur de Ashakata ne veut pas du tout de photos. Oui, c’est aussi un choix. Il est libre en tant qu’auteur de la création mais ce n’est pas sans impacts sur la communication autour du spectacle. Une seule image de ce spectacle accompagnée d’une légende sur les réseaux sociaux ou dans un journal lui apporterait beaucoup en termes de promotion du spectacle, surtout que lui-même n’a prévu aucun photographe professionnel, du moins à ce premier rendez-vous de la première série de dates de diffusion du spectacle.

Blaise Ahouansè