Les spectacles du
‘’Xwe-Xi’’ à Dassa-Zoumè ont été ouverts par le Ogou, un groupe de danse
entouré de mystères.
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De la danse Ogou
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Vendredi 25 août 2016
dans le département des Collines. Le premier jour du ‘’Xwe-Xi’’ ici, le marché
local du Festival international de théâtre du Bénin (Fitheb) s’anime un peu
partout. En accueil et en ouverture du spectacle installé au Centre des jeunes Amour
& Vie de Dassa-Zoumè, le groupe Ogou. Il exécute la danse Ogou, à ne pas
confondre avec le nom du dieu de la métallurgie. Ogou est une danse encore
sacrée ici.
«A l’origine, c’est une occasion
de retrouvailles entre les chasseurs après la chasse», nous raconte Gervais
Koubia, benjamin de feu Pierre Koubia Odjode Agboglo, chef suprême des chasseurs
et aussi président de l’association des chasseurs de Dassa conduite désormais par
le 1er adjoint au maire de la ville, Léon Codjo Akpo. A l’en croire,
à l’occasion de cette danse, chacun expose son carnet de chasse et chante son
exploit en brousse. Ceci, avec à l’appui, des preuves constituées de la tête et
de la queue de la bête abattue. C’est le sens ici ce vendredi soir, de la
présence de têtes d’animaux dans le cercle d’animation. Dans ce groupe,
personne n’a le monopole du chant à l’instar d’un lead-vocal dans les
formations de musique traditionnelle ou moderne. Ici, n’entonne une chanson que
celui qui a une fois au moins vécu l’expérience de chasse. Aussi, pour la
danse, y a-t-il des limites que le néophyte ne doit affranchir. Ce dernier ne
pourra pas dans sa danse, aller jusqu’à poser son pied sur la tête d’un animal
dans le cercle, comme le ferait un chasseur.
Plusieurs générations
sont passées déjà mais le groupe a toujours gardé ces rites entourés de
mystères. Car, l’histoire que nous raconte Gervais Koubia en tant qu’actuel
responsable du groupe, enseigne que cette danse des chasseurs est gouvernée par
des dieux qui ne pardonnent aucune personne qui enfreint à ces principes profondément
sacrés.
La programmation de
cette danse en première dans l’agenda du Fitheb migratoire à Dassa-Zoumè n’est
pas une option anodine. Elle a servi, pour les croyants en cette tradition, de
canal pour implorer les ancêtres avant de laisser s’exprimer les autres groupes
dans ce ‘’Xwe-Xi’’. En effet, dans la tradition, c’est une danse qui s’exécute
en ouverture des rituels funèbres et autres en famille dans cette zone du
Bénin. Elle est en ce sens ce que représente le Zinli pour les peuples Fon à
Abomey.
Les percussions du Ogou en souffrance
En dépit des efforts de
conservation, l’identité du Ogou n’échappe pas à quelques modifications au fil
des ans, notamment sur le plan des percussions qui accompagnent les chants.
Autrefois, les premiers chasseurs se servaient de cornes d’animaux pour assurer
la percussion, d’après Gervais Koubia. Mais aujourd’hui, les tam-tams ont pris la
place des cornes. Plus aucune présence de cornes. Et pour cause, « Il n’y
a plus de grands animaux abattus. «Nous n’arrivons plus à tuer de grands
animaux comme avant. Aujourd’hui, ce n’est que dans les grandes forêts qu’il en
existe. Mais tu ne peux pas t’y rendre. C’est une longue et lourde procédure
administrative», explique David Akueson. Conscients de la perte de cette
facette de l’identité du Ogou, les responsables du groupe ont ajouté aux tambours,
des bassines usées dont les sonorités sous le coup des baguettes sont
assimilables à celles de ces cornes, à en croire Gervais Koubia.
Blaise Ahouansè

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