Le
Fitheb migratoire à Kandi en juillet dernier, fut une occasion de découvertes.
Déma, en est une. Malheureusement, ce groupe de danses qui fonctionne comme un
centre de formation vit impuissant, la mort progressive de certaines de ses
rubriques faute de promotion et de soutiens matériels et financiers.
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Mort programmée de l’école de danse que
constitue le groupe Déma où…
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La
nuit du vendredi 29 juillet 2016 dans la salle de spectacle de la maison des
jeunes de Kandi où le Fitheb Migratoire a élu quartier général le week-end.
C’est dans une ambiance déjà portée haut par un groupe de danseuses et un autre
de comédiens, que s’annoncent, par le résonnement d’un petit talking-drum et un
gros tambour fermé aux deux bases, de petits garçons âgés entre 7 et 9 ans. Ils
veulent aussi danser, animer et inscrire leur nom dans l’histoire de cette
première édition du Fitheb Migratoire qui parcourt le Bénin depuis
mercredi 25 mai 2016.
Au début, on craint que l’épiphanie qui a lieu ici depuis près d’une heure ne baisse
de beauté et de clarté non seulement dans cette salle pleine mais aussi dans la
cour, ne s’éteignent. Mais contre toute attente, ces ‘’petits’’ ont gagné le
pari. C’est à travers un tableau «danse des petits peulhs». De boubou bleu vêtu,
bâton de pasteur en main, chapeau sur la tête et des lunettes noirs pour
certains, ils dansent vraiment peulhs. «Là, ce n’est pas de la danse falsifiée
comme ce que vous regardez à Cotonou. Ces petits exécutent là le vrai,
l’original» témoigne notre ‘’traducteur et guide’’ de circonstance qui nous
permet de comprendre les dialogues il y a quelques minutes, entre les comédiens
dans un sketch en langue locale dendi. Ces enfants esquissent avec dextérité
des pas typiquement peulhs accompagnés de gestuels appropriées. Pourtant, ils
ne sont pas peulhs. «Nous ne sommes pas peulhs. Nous sommes dendi» clarifie
Ganga Adam Issiaka, leur maître percussionniste-danseur, responsable du groupe
Déma auquel appartiennent ces jeunes danseurs. Ils sont la troisième promotion
dans la rubrique « peulh » au sein de ce groupe, à en croire le maître.
D’après le formateur, Déma est en effet réparti en cinq sections de danse à
savoir « Peulhs », « Têkê », « Danse de feu »,
« Gogoré (danse du vodoun) » et « Akalancé ». Il informe de
ce que les deux premières promotions sont passées déjà dans d’autres sections.
D’après sa description, tout se passe dans ce groupe comme dans une école de formation
avec plusieurs niveaux où l’enfant doit forcément commencer par la première classe,
celle de la danse Peulh, puis évoluer progressivement vers les autres.
Ø Déma
se meurt
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…évoluent ces enfants…
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Aux
dires de Issiaka Ganga Adam, certaines classes sont menacées de disparition, ou
du moins, les apprenants de ces classes ne pourront plus être programmés dans
les spectacles grand public. Ceci, faute d’accoutrement. La prestation de ces
petits ‘’Peulh’’ ce vendredi en est une preuve. Le maître confie qu’il s’est
agi d’un tableau réduit. L’ensemble à ses dires est fait de garçons et de
filles, mais ces dernières n’ont plus de quoi se vêtir en harmonie avec les
vêtements des garçons. «Aujourd’hui, les filles ne dansent plus avec les
garçons parce que nous n’avons plus d’accoutrement pour elles. Or lorsque nous
présentons un tableau d’ensemble -garçons et filles-, c’est beaucoup plus
beau.» regrette-t-il. Il ajoute, «Depuis, personne ne nous aide financièrement
pour dire ‘’faites la promotion des danses de chez nous’’». Pour l’instant ce
qui leur permet d’entretenir et de renouveler certains accoutrements, c’est de
petits cachets que le groupe gagne dans les concours souvent à Parakou. «On s’en
sort toujours 1er ou 2ème. C’est dans ça, on paie le
costume. C’est difficile pour nous parce que la beauté de la danse, c’est aussi
l’accoutrement.» affirme Issiaka Ganga Adam qui visiblement, peine pour
maintenir encore la flamme de la danse par le biais de ce groupe qu’il a créé en
2001, 6 ans après avoir décidé de quitter le tapis pour se consacrer à la
transmission de savoirs. Né en 1969, il a lui-même hérité le don, de Bio Ouré
Adam, son grand-père. «Je ne veux pas oublier mon identité, et je ne veux n’ont
plus qu’elle meurt après moi.» affirme-t-il appelant au soutien étatique comme
privé pour l’aider dans cette mission de pérennisation et de promotion du
patrimoine immatériel béninois.
Blaise Ahouansè


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