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Bénin : Félix Didolanvi, le premier chantre d’une génération



Depuis 1972, il est resté l’un des chantres au Bénin dont le talent fait l’unanimité et les messages objets d’évangélisation et de méditation, traversent les temps comme des prophéties. Félix Didolanvi alias Pêcheur des hommes, reste une vedette, compositeur-chanteur unique, pionnier d’une nouvelle ère de griots à ‘’Adjra-whé’’. Un tour dans ses mémoires.

Pêcheur comme Pierre, Félix Didolanvi alias Pêcheur des hommes, connaitra le même sort que l’apôtre de Jésus. L’histoire que nous raconte le chantre de l’Eternel dans la matinée de ce jeudi 21 décembre 2017 en son domicile à Akpakpka Dododomey Enayon, révèle des similitudes avec celle du personnage biblique. Un jour, autour de l’an 1934, apparu dans le grand cercle familial Didolanvi du quartier Sokomey à Porto-Novo, le petit Félix qui deviendra ce chantre phénix. Il est apparu dans une grande cour -‘’Adjra-whé’’-, de griots, où la muse a la particularité d’être beaucoup plus au service des invectives et règlements de compte. Même bercé dans une telle ambiance, Félix n’aura pas la ‘’chance’’ de devenir ce type de griot. Encore enfant, il reçoit l’appel de Jésus-Christ pour mettre son talent au service de l’Eternel. « Chez moi, dans ma maison paternelle, la chanson a pour principal but d’apostropher, raconter des histoires pour régler des comptes. Mais j’ai décidé de ne pas utiliser mon talent de cette manière, mais plutôt pour une mission d’évangélisation, afin de ramener les âmes vers Dieu », se rappelle-t-il.  

La passerelle romaine

La première destination du jeune chanteur à l’époque fut la paroisse catholique St Anne de Porto-Novo, la ville capitale politique du Bénin. Et ce, sous la direction des descendants de la famille Dakpogan. L’histoire raconte que ces derniers sont des pionniers du chant religieux catholique dans cette ville. Puis, Pêcheur des hommes poursuivra l’aventure catholique sur des paroisses de Cotonou dont Sacré cœur, St Michel et Christ roi de Akpakpa dodomey, où il a été membre fondateur. En 1972, le Seigneur qui voulait l’utiliser autrement le conduit au sein de l’Eglise du Christianisme Céleste (E.C.C), et ce de la plus simple des manières. L’artiste confie que contrairement à d’autres appelés de Dieu qui ont connu des difficultés avant de devenir fidèles célestes, il y est arrivé lui, juste parce que sidéré par la vision d’une vieille dame sur la paroisse céleste d’Akpakpa-centre à Cotonou, alors qu’il se préparait avec des amis de quartier à mettre sur les fonds baptismaux une association de jeunes. Et depuis lors, la porte du non retour est franchie.   

Désormais à la source, son talent éclos

Chez les catholiques, Félix Didolanvi a tout le temps fait des interprétations sur le rythme Adjogan. Mais après sa conversion en céleste, il est arrivé à retravailler cette percussion pour avoir un rythme propre à lui. Il avoue s’être convaincu depuis lors, que l’E.C.C était la destination de l’appel qu’il a reçu, puisque c’est à partir de ce moment que les inspirations lui sont venues pour des rythmes et des compositions personnelles. En 1985, année de décès du prophète fondateur de l’E.C.C, Samuel Biléou Joseph Oschoffa, une de ses compositions, précisément « Yen do gbé we wlenganto » (Je te remercie Sauveur), se retrouve sur un disque de 33 tours. Après, il sort « whenu a po t’ayihon lo mè », la chanson qui va le révéler au grand public. Ce pêcheur des hommes compte déjà 19 casettes et disques dans son palmarès, avec son groupe Mahulomè. Le 20e opus devrait sortir depuis l’an dernier, mais ce n’est pas encore le cas, faute de moyens, puisque c’est le chantre lui-même qui s’occupe désormais de sa production. En lieu et place de ce 20e disque, il a mis sur le marché pour la fin d’année 2017 une compilation de ses célèbres compositions, avec sa voix restée unique et imperturbable, même sous le poids de l’âge. C’est l’un des éléments qui convainquent l’artiste de ce qu’il a reçu une mission divine. « Si ma voix n’a pas changé, cela veut tout simplement dire que c’est Dieu même qui s’en occupe ; ce n’est pas de ma propre force. Dieu ma confié une mission et m’a gratifié de cette voix, qu’il m’aide à entretenir. Toutefois, j’ai des principes d’alimentation », raconte la vedette fière de cette bénédiction divine.    

Satisfait de la pérennisation de l’œuvre

Ce qui fait aussi la fierté du pépé Didolanvi, c’est l’assurance qu’il a de la pérennisation de ce nouveau type de griot, né à partir de lui dans sa famille. Aujourd’hui, ses enfants sont aussi sur ce chemin. Pourtant dit-il, il ne leur a jamais imposé une carrière. « Il est juste un père exemplaire ; un père qui sait maintenir l’ambiance qu’il faut à la maison et sait éduquer ses enfants ; ses chansons déjà sont un excellent moyen d’éducation de ses enfants », témoigne son fils Emmanuel Didolanvi, un passionné de football. Le cas de Bonaventure Didolanvi alias Bona, entre autres, lui procure une grande joie, à l’entendre. «Tous les pays qu’il a parcourus déjà avec la musique, je ne les ai pas fait. Cela signifie que la mission que j’ai reçue de transformer la muse d’insulte en évangélisation, va se poursuivre après moi, et ce de façon même plus renforcée », se réjouit l’artiste. Ses enfants biologiques ne sont pas seuls engagés dans la pérennisation de cette mission. Il y a également des choristes qu’il a encadrés et qui sont devenus chantres, dont Pascal Ahouangbo et Franck Akloé.
Longue vie au chantre dans sa mission de « pêcheur d’hommes », qui fait du pardon son crédo. « Sans pardon, la foi n’a pas de racine. Alors qui est notre maître ? S’il y a le pardon, il y aura la paix », enseigne le sage.  

Blaise Ahouansè



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