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FeRiDaMa : 15 ans de mémoire vivante des rituels et danses masquées au Bénin (Marcel Zounon dresse le bilan du parcours)

Quinze ans après sa création, le Festival des Rituels et des Danses Masquées (FeRiDaMa) s’affirme comme un pilier de la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel au Bénin. Entre acquis, défis et perspectives, retour sur un parcours emblématique.


Créé en 2010 pour combler le manque d’espaces de visibilité, de promotion et de sauvegarde des rituels et danses masquées, le Festival des Rituels et des Danses Masquées (FeRiDaMa) s’est imposé, en quinze ans, comme un rendez-vous culturel de référence. A l’occasion du lancement de la 16ème édition, le vendredi 19 décembre 2019 au siège de l’association Towara-Bénin, structure porteuse du projet, le délégué général du festival, Marcel Zounon, a dressé le bilan du parcours.

Selon lui, FeRiDaMa a constitué « une étape symbolique et stratégique pour la lecture, la sauvegarde et la valorisation des danses masquées », avec des acquis notables sur les plans culturel, institutionnel et sociétal. Si le festival est aujourd’hui reconnu comme un symbole de dignité culturelle et identitaire, il reste néanmoins confronté à des défis, notamment la mise en place d’une stratégie structurelle et économique durable en vue de son indépendance financière.

Après 15 ans d’existence, FeRiDaMa apparaît ainsi comme une réussite en matière de visibilité et de sauvegarde du patrimoine immatériel, mais aussi comme un chantier encore ouvert, offrant une opportunité majeure pour repositionner les masques béninois au cœur du développement culturel.

Lire un extrait des propos de Marcel Zounon. 

FeRiDaMa, un espace de visibilité durable pour les masques béninois

« En 15 ans, le Festival des rituels et des danses masquées s'est imposé comme une vitrine nationale des danses masquées et des rituels, notamment le Guélédé, le Zangbéto, l’Abikou, le Gounouko, les Kpojiguèguè, et j’en passe.

Un cadre de légitimation pour des pratiques longtemps confinées aux espaces sacrés et communautaires. Qu’on le fasse remarquer, initialement, tout le monde avait peur des danses masquées, surtout les danses Egoungoun et les danses Zangbéto, que l’on taxait facilement de danses diabolisées. Mais le travail qu’a fait le Festival des rituels et des danses masquées a permis de désacraliser cette conception que les gens avaient de nos pratiques masquées.

C’était donc un rendez-vous de référence où le masque sort du village pour dialoguer avec la scène, le public et les institutions.

Nous pouvons retenir, pour cette partie, que FeRiDaMa a contribué à faire connaître le masque non seulement comme objet rituel, mais aussi comme fait culturel, artistique et patrimonial. »

Une forte contribution à la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel

« Pendant ces 15 ans, nous avons noté une forte contribution à la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel. FeRiDaMa a joué un rôle essentiel dans la transmission intergénérationnelle. Des jeunes danseurs, des porteurs de masques, des musiciens, etc. Tous ces maillons de la pratique du masque étaient très craints avant 2010. Mais de 2010 à aujourd’hui, je pense que cette question est plus ou moins réglée.

La documentation vivante sur les danses masquées est rendue disponible parce que, grâce au festival, nous avons pu retenir certaines sociétés de masques dans notre pays, notamment des sociétés de masques venues du Nigeria, comme par exemple l’Egoungoun, le Gounouko, l’Abikou et naturellement le Guélédé, dont le genre oral a été inscrit sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.

Il s’agit donc d’une désacralisation maîtrisée de certaines expressions, permettant leur représentation publique sans trahir le fondement spirituel. Nous pouvons retenir que le festival a montré qu’il est possible de protéger le sacré tout en valorisant le patrimoine. Bien que le festival soit un festival de rituels et de danses masquées, les rituels et le sacré restent l’affaire des communautés détentrices de la pratique, mais toutes les valeurs culturelles liées aux chants, danses, musiques, savoir-faire, créativité, etc., relèvent du domaine de la créativité et des arts contemporains. »

Un outil de diplomatie culturelle et de dialogue interculturel

« Au fil des éditions, FeRiDaMa a enregistré la présence de groupes venus du Togo, du Mali, du Burkina Faso, du Nigeria, de la Côte d’Ivoire et même de la Guyane. Cela signifie que l’accueil de groupes organisés, stylisés ou de sociétés venus d’autres pays fait forcément appel à la diplomatie et à la coopération.

Ainsi, au fil des éditions, FeRiDaMa favorise les échanges entre régions et participe à la diplomatie culturelle béninoise, en résonance avec la dynamique de l’UNESCO et du SIOF. Souvenez-vous, le groupe Towara, initiateur du Festival des rituels et des danses masquées, est la seule ONG accréditée par le Comité intergouvernemental pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO, avec des fonctions consultatives. Nous avons donc une collaboration, un partenariat, voire une coopération intense avec l’UNESCO. »

Impact social et enjeux économiques 

« Après 15 ans, on peut noter une mobilisation communautaire autour des groupes de masques. Chaque fois que le festival est programmé, de nombreuses sociétés de masques frappent à nos portes. Nous essayons chaque année de retenir une société de masques, notamment celle d’invention purement béninoise, le Zangbéto.

On peut également noter une implication croissante des jeunes, surtout dans les zones urbaines et périurbaines. Mais il existe aussi des défis persistants : faible structuration économique des acteurs, manque de formation continue, dépendance aux soutiens ponctuels.

À ce jour, le festival n’a pas encore atteint la maturité qui lui permet de s’autofinancer. Nous restons tributaires des amis, des partenaires, de l’État et de tous ceux qui peuvent contribuer au rayonnement du festival. FeRiDaMa crée un sentiment de fierté, mais doit encore renforcer son impact socio-économique durable. »

Défis

« Ces 15 ans mettent également en lumière plusieurs enjeux : la frontière fragile entre la valorisation du patrimoine et la folklorisation des danses masquées ; le besoin d’une politique claire de sauvegarde ; l’insuffisance de recherches, d’archives et de publications scientifiques autour du festival.

Nous avons besoin d’archives importantes, car même ceux qui écrivent sur les masques, qui se disent initiés, transcrivent parfois des informations fausses ou troublantes sur la pratique réelle. Dans le monde scientifique, pour présenter correctement ces pratiques, il faut d’abord être initié. Aucun non-initié ne peut mieux présenter les pratiques rituelles et cultuelles que les détenteurs eux-mêmes.

Pour disposer d’une bonne documentation et de véritables archives, il ne faut plus avoir peur de nos pratiques ancestrales et masquées ; il faut aller à leur rencontre afin de produire une information fiable à mettre à la disposition de la communauté.

Par ailleurs, la nécessité d’un modèle économique plus stable est importante, car le travail mené avec les communautés détentrices doit leur permettre de vivre de leurs connaissances. Nous pouvons retenir que la longévité du festival est un acquis, mais que sa consolidation structurelle est indispensable et nécessite l’implication de tous. »

Perspectives

« En termes de perspectives après 15 ans de FeRiDaMa, il apparaît nécessaire d’opérer une relecture stratégique du festival en matière d’objectifs, de cibles et d’impact ; de renforcer son ancrage dans les politiques culturelles nationales ; et de mieux l’articuler avec l’éducation culturelle, le tourisme patrimonial, la jeunesse et l’innovation numérique (archives, contenus pédagogiques).

Nous avons besoin de tout cela pour faire de FeRiDaMa un festival contribuant durablement au rayonnement de notre communauté. FeRiDaMa peut devenir un véritable laboratoire national du patrimoine culturel immatériel. »

Blaise Ahouansè 

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