Exposition « Capitalisme, mon chéri » : ‘’Le Centre’’ en proie à la folie de trois vieux plasticiens
Sur ses 4000 m2, le complexe culturel ‘’Le Centre’’ de Lobozounkpa dans
l’arrondissement de Godomey accueille depuis vendredi 22 mai dernier, une
grande et vaste exposition, fruit d’une résidence de création de trois artistes
Niko, Charly
d’Almeida et Théodore Dakpogan. Découvrons.
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| les trois artistes exposant Théodore Dakpogan, Charly d'Almeida et Niko posant avec l'administrateur du centre en bleu |
Depuis vendredi 22 mai 2015, ‘’Le Centre’’ à Lobozounkpa vit une
inondation. Il est envahi par les fruits de l’inspiration de trois professionnels
des arts plastiques. Du jardin à l’entrée de la maison jusqu’à la cour arrière
en passant par les quatre salles d’exposition et l’espace, Charly d’Almeida,
Niko et Théodore Dakpogan ont pris en otage le centre avec une cinquantaine de tableaux,
sculptures et installation réalisées au cours d’une résidence de création sur
ce même site. Des œuvres à
travers lesquelles chacun d’eux aborde le thème « Capitalisme, mon
chéri » de cette exposition ouverte vendredi et qui permet aux visiteurs
de découvrir les nouvelles créations de ces trois ‘’vieux’’ des arts plastiques.
Niko, le fou du
bois
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| l'installation de Niko |
Dans la présente exposition, l’œuvre qui capte en
premier l’attention du visiteur, vu sa position et sa grandeur, c’est cette
installation de Niko qui fait 3m de circonférence et 8,57 de hauteur. C’est une
racine de colatier surmontée d’une échelle de bois de teck avec des miroirs. Pour
lire le message consigné sur cette racine, il faut un certain nombre de tour de
la racine comme faisant un rituel autour d’un arbre. Le visiteur animé par l’envie
de déchiffrer tout ce message ne peut échapper à ce rituel forcé. On se rend
compte qu’au sens de Niko, cette envie de découvrir ou d’atteindre un but est
le prototype du capitalisme. Et lui, pour la résidence qui a conduit à la
présente exposition, il est resté dans sa logique de recherche et de
découverte. Si dans ce pays –Bénin- on a les fous du roi, le Franco-béninois s’est
fait lui, fou du bois. Comme Jésus de Nazareth à la quête d’une brebis égarée,
le plasticien est allé durant la résidence, à la quête du bois ‘’perdu’’, le
bois délaissé, le bois foutu. Comprenant le langage de cette matière, il a reçu
des messages qu’il communique aux visiteurs à travers ses œuvres. Avec les
miroirs présents dans ses œuvres, il recherche une communication entre le
visiteur et sa création.
Charly d’Almeida
dans l’univers des métaux
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| même des artistes ne s'en reviennent pas devant "discours commun'' de Charly |
Si Charly d’Almeida comprend lui, un langage, c’est
celui des fers, moteurs et pièces détachées de machines, de moto et de
véhicules déjà destinés à la poubelle ou aux acheteurs de fer usé. Les voies de
la création étant insondables, c’est à ces matériaux sans utilités pour le
grand public que l’artiste redonne vie. Lui, il y retrouve l’Homme dans son
entièreté. En effet, Charly que le public attendait dans cette exposition à
travers ses toiles qu’il sait bien réaliser avec sa façon unique et expressive
de mélange de couleurs, a déjoué les pronostics pour offrir au public, des
assemblages de ces métaux en forme de pistolet, -d’aucun parlerait d’aigle- qui
dégage les sentiments si diversifiés de l’Homme. Joie, tristesse, angoisse,
détresse, etc. Il met au cœur de l’œuvre des visages porteurs de ces
sentiments. La spécificité ici, est que chaque œuvre est un assemblage d’au
moins deux visages de différentes sensations pour dire que c’est tout ceci qui
forme un monde. Pour un monde équilibré, il faut que les uns et les autres
s’acceptent avec leurs différences dit-on. L’artiste parlera de discours commun
dans l’une de ses œuvres. C’est dans cela que chaque être humain peut retrouver
son bonheur dans ce monde capitaliste.
Théodore Dakpogan, retour
aux origines
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| Théodore Dakpogan dans sa nostalgie |
Sage et visiblement le plus âgé du trio, Théodore
Dakpogan retourne dans les années 70, 80. Fan ou gardien de la tradition, ses œuvres
prennent corps dans des bassines que dans les milieux Goun et Fon au Bénin, les
parents appelaient «asisi ba ha mi » (ma coépouse est irrévérencieuse), « gbé
mi soké » (porte-moi au dessus ou donne-moi de la valeur), « un gbè
gba » (je dis non au placard), etc. Ce sont des récipients qui ont marqué
la vie des familles comme aujourd’hui c’est la génération des plastiques et
sachets desquels l’homme est devenu esclave tel dans un régime capitaliste
dépendante des détenteurs de capitaux. Théodore Dakpogan, ce forgeron, se
souvient encore de ces bassines comme si c’était hier. Il raconte l’histoire
par ses œuvres et participe à sa pérennisation. Aussi, invite-t-il, le public à
un retour à la source. Cet artiste fait partie de ceux qui soutiennent que l’homme
dans ses évolutions dans le monde ne doit pas s’oublier du point de vue de ses origines,
de son histoire.
Blaise Ahouansè




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