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Fitheb Migratoire 2016 : ‘’Kpodjiguèguè’’, ‘’Zangbéto’’, ‘’Togbo’’ et ‘’Baba’’ animent Bohicon

L’édition 2013 du Festival international de théâtre du Bénin (Fitheb) dans sa phase migratoire après la biennale s’est installée le week-end écoulé, dans le département du Zou, précisément à Bohicon où elle a séjourné pendant trois jours marqués par des spectacles d’attraction assurés par des groupes de danse et d’acrobatie sur bambou, de fanfare et de ‘’zangbéto’’ dans toute la ville puis une grande soirée de théâtre à la maison des jeunes avec la troupe Togbo sous la direction de Ignace Yéchénou.

Un instant de la pièce « Histoire de femme » à Bohicon …
Le post Fitheb 2016 dénommé ‘’xwé xi’’ ou encore «Fitheb migratoire» se poursuit. La caravane en marche depuis le Nord-Bénin à partir de Natitingou dès le 25 mai a marqué une pose la semaine dernière dans la ville dite carrefour du Zou. Bohicon a accueilli l’équipe en migration du Fitheb du jeudi 23 au samedi 25 juin dernier. Trois journées d’activités autour des trois raisons principales qui motivent cette innovation de la nouvelle équipe dirigeante du Fitheb conduite par Erick-Hector Hounkpè. Directeur du festival, il rappelle que l’initiative « Fitheb Migratoire » vise  à assurer et renforcer la visibilité du festival, lui assurer une base populaire et préparer sa rentabilité économique.

La sortie des célèbres zangbéto de Saklo Atchonmè

... annoncé jeudi et vendredi par les Kpodjoguèguè....
... et Zangbéto.
Jeudi et vendredi, ce fut des spectacles d’attraction. Le premier jour, l’équipe sous la conduite de Susudji Béhanzin, coordonnateur dans les départements des Zou et Collines, s’est installée en plein cœur du marché de mouton avec une troupe de danse et d’acrobatie sur bambou communément appelée ‘’Kpodjiguèguè’’ dans le sud-Bénin. C’est elle qui a annoncé la venue et l’installation du Fitheb migratoire à Bohicon pour ces trois jours avant que les masques ‘’zangbéto’’ ‘’Lanwadan mayi kpo whé’’ de Saklo Atchonmè ne prennent le relais vendredi sur l’esplanade gros porteur de la Société des huileries du Bénin (Shb) de Bohicon. Ceci, pour impacter le public et le conduire désormais en salle. «Un spectacle d’attraction de la danse zangbéto parce que c’est un spectacle qui s’organise en plein air et qui est fédérateur de spectateurs. C'est-à-dire quand ça ce joue, tous les passants s’arrêtent spontanément pour suivre.» explique le coordonnateur. Ce fut un après-midi de magie par ces zangnéto. Ils sont une demi-douzaine à se succéder dans une métamorphose cultuelle. Sous l’animation d’un groupe de jeunes très en forme, ces masques se transforment en serpent vivant, statue qui bouge, panier contenant de l’eau, ‘’zangbéto’’ fiston dansant dans une bouteille d’un litre de capacité. «A Bohicon, c’est le couvent de zangbéto en tête du classement. Si on doit faire ces changements et étonner tout Bohicon et le monde, c’est eux. Ils ont plein de pouvoirs mystiques.» confie Rodolphe Zannou Oussou, agent de sécurité dans une structure privée de la place. C’est une performance qu’ils doivent à leurs aïeux. «Disons que les schémas dans les groupes Zangbéto sont presque les mêmes mais nous, nos ancêtres étaient déjà les premiers, les meilleurs en la matière. C’est pourquoi notre manière de jouer, de chanter ainsi que de réaliser les tableaux de changements du vodoun en d’autres objets est un tout petit peu différente et pleine de mystères. Tout ce que vous voyez, c’est un héritage de nos ancêtres. Nous ne faisons qu’exécuter ce qu’ils nous ont légué.» informe l’homme de taille moyenne mais géant en connaissance cultuelle, Ganiou Houndjènoukon de blanc vêtu avec un talisman au bras gauche, qui, ce vendredi soir, fait office de chef orchestre sous le contrôle d’un trio de ‘’zangan’’ assis derrière lui.

Togbo et Baba retournent revendiquer le droit des femmes

Togbo
Baba
Derrière ces deux jours de spectacles, le but est d’amener tout Bohicon et ses environs à la maison des jeunes et loisirs de la ville le samedi pour le spectacle de théâtre mais au-delà, de leur inculquer la culture des salles de spectacle. «On dit que le public ne vient plus en salle. Mais si vous n’allez pas le chercher, vous ne l’aurez pas » explique le directeur Fitheb. Effectivement, le samedi soir, en dépit de la diffusion en direct des matchs de l’Euro en cours, le public est sorti suivre la représentation de la pièce «Histoires de femme» écrite et mise en scène par Ignace Yèchénou, alias Togbo, nom qu’il a donné à sa compagnie. Une compagnie qui a vu le jour dans les années 1980 dans cette ville carrefour. En première à ce spectacle, il y a eu Gérard Hounnou, alias ‘’Baba’’ dans un one man show qui a permis au public de vivre quelques instants d’humour avant d’être plongé dans une écriture à l’ancre douloureuse, de l’histoire de femme qui subit le mariage précoce et ou forcé, le viol, la maltraitance. C’est une pièce qui dénonce les violences faites aux femmes et sensibilise dans le but de briser toutes les chaînes qui entravent la vie des femmes pour les emmener sur le chemin de l’école, de la maitrise des sciences, de l’autonomisation ; en somme, le chemin de la reconnaissance et du respect de tous les droits de la femme en tant qu’être tout comme l’homme.
Visiblement, la leçon est bien reçue dans le public. «Je suis vraiment ému, le message m’a touché profondément, j’ai eu à un moment donné la chair de poule. La femme en générale, que ça soit en couple ou en société, est marginalisée ; elle souffre. Il faut qu’on pense à changer la donne, il faut nécessairement que nous hommes d’aujourd’hui, nous pensions autrement» confie Pascal Boko, agent de la Clcam Bohicon. Aussi, le jeune couturier Thierry Houémahoun, déclare-t-il en fon, «Ce spectacle éduque. L’histoire m’a marqué. Ce sont des réalités que nous vivons ici. Je remercie ce groupe qui est venu nous sensibiliser. La femme ne doit pas être traitée comme un animal, c’est un être qu’il faut respecter.» C’est sur cette leçon que l’équipe du Fitheb migratoire 2016 a fini sa mission à Bohicon. Rendez-vous dans une autre ville le dernier week-end de juillet prochain.

Blaise Ahouansè


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