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Hommage : Le centre Artisttik Africa de Cotonou célèbre Sembène Ousmane



Le Centre culturel Artisttik Africa sis à Cotonou au Bénin, a accueilli samedi 10 juin dernier, la projection du documentaire «Sembène !» suivie d’un débat autour du parcours de l’écrivain et cinéaste africain d’origine sénégalaise, Sembène Ousmane, décédé il y a dix ans.

     Le plateau du débat après la projection du documentaire sur …
Sembène ! Le film documentaire réalisé par Samba Gadjigo et Jason Silverman en 2015 sur Sembène Ousmane était à l’écran au centre culturel Artisttik Africa de Cotonou, dans la soirée du samedi 10 juin 2017. C’est dans le cadre de la commémoration du 10ème anniversaire de décès de l’illustre disparu. L’œuvre en 84 minutes, restitue du 1er janvier 1923 au 9 juin 2007, la vie de Sembène Ousmane dans toutes ses facettes. Sembène dans son enfance au Sénégal ; Sembène docker au port de Marseille ; Sembène à la découverte de la littérature ; Sembène se saisissant de la plume puis de la caméra ; Sembène rebelle ; Sembène un miroir pour l’Afrique ; etc. On découvre à l’écran le parcours instructif de celui qui est présenté comme père du cinéma africain, non pas en termes de premier cinéaste africain, mais bien de premier africain à réaliser un film africain sur une terre africaine. Ceci, dans un ferme engagement pour une révolution consistant à rendre aux africains leur histoire. «Si les africains ne racontent pas leur propre histoire, l’Afrique va disparaitre bientôt» disait-il. C’est un engagement auquel il est resté fidèle au prix de lourds sacrifices, en témoigne ce documentaire qui fait aussi cas des censures notamment politiques que l’homme a vécues mais qui n’ont jamais émoussé ses entrains jusqu’au terme de sa vie. «J’ai été sidéré, fasciné ; j’ai été admiratif du parcours, de l’abnégation, du sacrifice de l’homme.», a affirmé l’acteur de cinéma Akala Akambi Kamarou, ancien directeur de la cinématographie au Bénin, au début du débat qui a suivi la projection sous la modération du Président de l’association des journalistes culturels du Bénin (Ajcb), Fortuné Sossa. «C’est vraiment la voix de l’Afrique, cette voix doit continuer à résonner» dira la documentariste Jèmima Catrayé, Directrice de la télévision nationale du Bénin. Au-delà de son admiration à cet artiste dont il est question dans le documentaire, elle s’est dite également admirative de la qualité du film comme l’a exprimé avant elle, son ainé-collègue et documentariste Bonaventure Assogba, en charge de la direction du Fonds d’appui à la production audiovisuelle (Fapa).  

Le mémoire de l’Afrique en péril

L’instant de cette projection suivie de débat autour de Sembène Ousmane a permis aux débateurs d’aborder des questions liées à la vie du cinéma africain en général. Entre autres, celle de l’archivage d’ailleurs soulevée dans ce documentaire avec des images d’un héritage livresque et filmographique de Sembène Ousmane en danger, qu’heureusement son biographe Samba Gadjigo veut bien sauver. Exemples à l’appui, les trois invités de Fortuné Sossa ont montré que c’est un problème sérieux et général en Afrique. «Le mal n’est pas que béninois ou sénégalais, il est africain !», dira Akala Akambi Kamarou. Il ajoute : «Nous savons faire beaucoup de choses sauf préserver et conserver. C’est encore plus catastrophique quand il s’agit d’œuvres artistiques et culturelles.» «C’est un drame professionnel que nous vivons» renchérit la directrice de la télévision nationale. Alors pour Bonaventure Assogba, il faut une prise de conscience en Afrique pour la conservation des mémoires. Et c’est d’abord une responsabilité du pouvoir public dans sa mission de préserver et de conserver le patrimoine culturel, selon l’ex directeur de la cinématographie au Bénin. Mais pour le cinéaste Claude Balogoun, représentant des artistes au Conseil économique et social (Ces), chaque structure étatique ou privée quelle qu’elle soit, doit déjà faire le travail à son niveau. Ceci, en attendant la concrétisation du vieux projet de construction d’un centre d’archivage audiovisuel et des médias au Bénin, repris par le nouveau gouvernement à en croire le directeur du Fapa.   
Le cinéma béninois toujours sans cadre formel

Partant toujours de l’histoire de Sembène Ousmane, le débat de ce samedi à Artisttik Africa a abordé la question des moyens pour faire vivre le 7ème art de façon professionnelle au Bénin. D’abord sur cette expérience de Sembène Ousmane qui a fait son premier court métrage -Borom Sarret en 1963- sans aucune industrie cinématographique, ni financement, ni même acteurs professionnels à l’époque, le directeur du Fapa soutient qu’il est «dangereux» de croire aujourd’hui à une possibilité de  faire des films sans moyens. L’un des moyens manquant, surtout dans le cas du Bénin, c’est le cadre qui n’est autre que le code de la cinématographie, à l’en croire. Malheureusement, ce code introduit depuis déjà 30 ans au parlement n’a toujours pas fini son périple dans l’administration béninoise animée par des « compétences approximatives », jusqu’aux plus haut niveaux de l’Etat, déplore Akala Akambi Kamarou. Hélas ! 


Blaise Ahouansè



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