Soirée slam au Code avec Rabinik : les élèves de Ouèdo plongés dans l’art poétique et l’apprentissage de la vie
Le Centre d’observations du discours pour l’éducation (Le Code), à
Ouèdo Adjagbo, dans la commune d’Abomey-Calavi, a accueilli, samedi 24 octobre
2026, le slameur béninois Rabinik. Devant un public composé en grande partie
d’élèves, l’artiste venu du septentrion a transformé sa prestation en une
expérience de découverte poétique et d’apprentissage, où les mots deviennent
des repères pour mieux comprendre la vie.
A Ouèdo Adjagbo, dans l’espace du Centre d’observations du discours pour
l’éducation (Le Code), ce samedi 24 octobre 2026, les élèves découvrent le slam
autrement, non seulement comme un art de la parole, mais aussi comme un moyen
de raconter le quotidien et de transmettre des valeurs de vie. C’est la grande
soirée slam au Code. Pendant près d’une heure et demie, Tikande Yarou Rabiou,
alias Rabinik, a tenu le public en haleine avec ses textes et sa présence
scénique.
Natif de Kouandé, dans le département de l’Atacora, le jeune slameur
arrive sur scène au Code dans une tenue qui traduit son attachement à ses
racines et à son identité nationale. Du chapeau rond agrémenté de cauris au
bout de mèches accrochées sur son pourtour, au pantalon blanc à bas large, en
passant par le boubou de type « agbada » orné de représentations
féminines, chaque élément participe à une mise en scène où la tradition occupe
une place de choix. Bien que Bariba, l’artiste revendique également, à travers
son couvre-chef, une référence à l’identité peule.
Le choix des couleurs n’est pas davantage anodin. Le vert, le jaune et le
rouge qu’il porte sur son chapeau et son col renvoient au drapeau national. «
Je porte toujours ce chapeau vert-jaune-rouge pour marquer cette image
nationale, le Bénin, pour dire, ‘’je suis Béninois, et fier de l’être’’ »,
explique-t-il.
Des mots pour éveiller les consciences
De sa valise cet après-midi au Code, Rabinik puise une douzaine de
tableaux poétiques. Sur fond d’abord, d’une bande musicale préenregistrée, puis
de quelques notes de sa guitare acoustique, il déroule ses textes avec douceur
et conviction. Entre hommage à la femme, reconnaissance envers les enseignants,
défense des droits des personnes en situation de handicap, liberté des femmes,
espoir, amour, travail et bonne gouvernance, les thèmes se succèdent sans
rompre le fil conducteur de sa démarche. « Le choix passe d’abord par un
constat, des observations sur le quotidien », explique le slameur. Ses textes
puisent ainsi dans les réalités sociales pour en extraire des messages destinés
à sensibiliser et éduquer.
Rabinik ne se contente pas de déclamer. A la fin de chaque tableau, il
invite les jeunes à répéter une phrase qu’il considère comme l’image forte du
texte présenté. Une manière de fixer les idées et de prolonger la portée de ses
paroles au-delà du spectacle. « Ce sont des textes qui vont beaucoup plus
travailler en eux », confie-t-il. Pour lui, ces reprises constituent une façon
de semer des graines dans l’esprit des jeunes. « C’est une manière de semer
cette graine en eux pour le futur. Ces textes sont des images. C’est cette
image que je veux ancrer dans la psychologie de ces élèves pour que ces phrases
restent intactes dans leur tête, pour qu’ils puissent s’en souvenir »,
explique-t-il à l’issue de la prestation.
La réaction du public semble lui donner raison. Certains élèves prennent
des notes, tandis que d’autres reprennent volontiers les phrases proposées. «
J’en ai vu qui ont même noté. Je me sens sidéré parce que c’est un public qui
comprend mon langage », se réjouit le slameur.
L’artiste parvient également à briser la distance entre la scène et les
spectateurs. Descendant parmi eux, il leur tend le micro, les invite à répéter
des mots et multiplie les interactions. Cette proximité transforme
progressivement la prestation en un exercice collectif, où les élèves ne sont
plus de simples spectateurs, mais des participants à la construction du
spectacle.
Quand le spectacle devient une école de vie
Séduits par la force des textes et la manière dont ils sont transmis, des
enseignants présents à la rencontre prennent à leur tour la parole pour aider
les jeunes à en saisir les ressorts poétiques. L’enseignant Basile Dagbéto se
prête volontiers à l’exercice. A travers des exemples en français et en fongbé,
il met en évidence les jeux de langage et les procédés d’écriture qui donnent
aux textes leur force poétique. Au-delà de l’appréciation du spectacle, il
encourage les élèves à s’essayer eux-mêmes à l’écriture, en commençant par de
petits textes, sans nécessairement chercher à les publier immédiatement.
Pour Dr Thanguy Agoï, la portée de cette rencontre dépasse le cadre d’une
simple initiation artistique. « J’avoue que ce sont des textes très
intéressants. En l’écoutant, c’est plus qu’une séance d’initiation à la poésie.
Ses textes sont de l’initiation à la vie. Ça vous parle du quotidien ; donne
des conseils ; oriente ; vous apprend à vivre. C’est en cela que
c’est intéressant, notamment pour le profil du public que nous avons ici. Face
à des jeunes, on a besoin de leur apporter de quoi s’armer pour tenir dans
cette vie », souligne-t-il.
Cette lecture rejoint l’une des ambitions du Code, celle de rapprocher
les jeunes des arts et de la culture, leur offrir des occasions de découverte
et favoriser l’éclosion de leurs talents, dans ce milieu éloigné des grands
centres urbains.
Visiblement touché par l’intérêt manifesté par les élèves durant le
spectacle, le président du Code, professeur Pascal Okri Tossou, s’est réjoui de
leur participation. Cela renforce sa volonté de poursuivre les initiatives
culturelles du centre. « Il y aura d’autres événements très bientôt »,
annonce-t-il.
Notons que le professeur Pascal Okri Tossou occupe également une place
particulière dans le parcours de Rabinik. L’artiste confie avoir été
positivement marqué par son enseignement en première année à l’Université de
Parakou. Son cours sur la contextualisation constitue aujourd’hui l’une des
forces de son écriture et contribue à l’originalité de ses textes, profondément
ancrés dans les réalités du quotidien.




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