Pièce
de théâtre créée en 2005 autour de l’infanticide au nom de considérations
sociales ou traditionnelles, « Omon-mi » (Mon enfant) signée du
dramaturge béninois Ousmane Alédji est parue en 2014 dans sa version livre dans
une coédition de Artisttik Africa et Plumes Soleil. Le livre a été lancé
mercredi 8 avril 2015 au Centre Artisttik Africa à Cotonou.
Omon-mi
(Mon enfant). Le tout nouveau livre du dramaturge Ousmane Alédji, lancé mercredi
8 avril 2015 au Centre Artisttik Africa à Cotonou, interpelle et soulève le
débat sur un problème majeur de société qui, certes visiblement, l’auteur le
met dans un contexte socioculturel africain et béninois en particulier mais reste
un sujet existant partout dans le monde entier. Peut-être qu’il prend une autre
forme ou aspect selon les espaces géographiques. Pièce de théâtre créée en 2005
entre Cotonou (Bénin) et Berne (Suisse), et ce, en langue locale, dans le cadre
d’une co-production entre le festival Afrique Noire et Théâtre Agbo-N’koko, le
texte raconte le meurtre sur un bébé de 2 jours qui a vécu 15 mois dans le
ventre de sa mère. Celle-là qui a perdu son premier enfant au nom de la
tradition -l’enfant était un albinos-, devrait encore vivre le sacrifice de son
nouveau rejeton sous prétexte que ce dernier est né recouvert du placenta de sa
mère. Et que le laisser vivre allait attirer de malheur sur la famille. Il est vu
comme un jumeau anormal, le placenta est ici considéré comme son frère jumeau. […].C’est
ce que raconte sous forme de récit à plusieurs niveaux, Ousmane Alédji dans
cette 25ème pièce de théâtre sortie de ses inspirations.
Un style nouveau …
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Ousmane Alédji, l’auteur (gauche) avec
le professeur Pierre Mèdéhouègnon
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L’histoire
est contée dans une alternance de 13 scènes avec un narrateur principal qui raconte
surtout pour les flashbacks. En effet, l’auteur, ancien expert pour l’Afrique
de la Commission internationale de théâtre francophone pendant huit ans et
actuel Directeur par intérim du Festival international de théâtre du Bénin, a fait
du style, une création. Il est parvenu à un mélange de genre récit, commentaire
et poésie. « Un style pas habitué au Bénin » témoigne le professeur
de lettres Pierre Mèdéhouégnon pour qui c’est un style assez original dans le
paysage de la dramaturgie au Bénin. « C’est un beau texte, très
poétique » dira Guy Ossito Midiodouan, aussi professeur titulaire de
lettres à l’Université d’Abomey-Calavi.
Seulement,
c’est une création stylistique qui appelle au sens entier et élevé du lecteur
sans quoi il ne pourrait intégrer l’univers du texte. « Il faut suivre avec
toutes ses sens et le bon sens pour comprendre la pièce » souligne
l’écrivain Daté Akayi Barnabé Atavito. Mais le lecteur pourrait toutefois se
retrouver surtout et même mieux dans les représentations. En témoigne cette
lecture scénique de quelques minutes faite au lancement du livre.
Quand la vie se trouve dans ‘’l’inutile’’
Avec
cette présentation, l’émotion était forte dans le public ce mercredi. Et le
débat a très tôt pris place. C’est évident lorsqu’on sait qu’il est question
d’un sujet mondial. Si la tradition africaine impose que l’enfant né avec un caractère
particulier soit liquidé, l’Occident qu’on pense ne pas être dans ce registre
l’est d’une manière ou d’une autre. Sous ces cieux, le médecin, sous prétexte
que l’enfant présente des malformations sues par les examens prénataux, trouve
déjà des solutions pour en débarrasser la mère. Que ce soit cette catégorie,
celle en Afrique ou des auteurs d’avortements ou de bébés qu’on retrouve sur
les tas d’ordure, tous sont interpellées. Dans l’un ou l’autre cas, c’est la
vie humaine qui est sacrifiée au nom d’une considération traditionnelle ou de
la société, qu’elle ait vu le soleil ou soit encore dans le sein d’une femme. Par
contre, une minorité de personnes, soutient qu’en Afrique, cette pratique est
une solution positive que les aïeux ont trouvé face à un enfant qui naît et se
trouve être inutile à la société. Mais alors, le professeur Midiohouan, strictement
contre cette opinion, se demande pourquoi on n’élimine pas les fous, les
paralytiques, et autres. « On n’a pas le droit quel que soit l’état de
l’enfant » martèle-t-il avant de signaler que garder ces enfants, est
aussi l’expression de notre humanité.
Même âgé de 2 jours…
Daté
Akayi Barnabé Atavito dans ses critiques du livre, relève qu’au-delà de ce
débat, « Omon-mi » souligne que le bébé même de 2 jours, possède une
âme et une arme très fortes. On y retrouve la parabole de la petite fourmi face
au géant éléphant. En effet, c’est le cri de cet bébé –2 jours- et son regard
qui ont dissuadé les tueurs ; changé la conscience de gens qui n’ont plus
de conscience, des gens qui commettent des carnages. «Parfois, un seul cri
suffit. » retient Daté qui ajoute, « Ce n’est pas parce qu’on est
petit qu’on ne peut rien face à des grands».
Blaise Ahouansè

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