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Charly Djikou, l’homme qui entretient une relation d’amour avec la pierre



Auteur de plusieurs monuments présents sur les places publiques au Bénin dont la    statue  de Toussaint Louverture à Allada, Charly Djikou est un des deux premiers artistes plasticiens accueillis en résidence au centre culturel ‘’Le Centre’’ à Lobozounkpa dans la commune d’Abomey-Calavi. Dans le cadre de l’inauguration de ce centre en décembre prochain, il y prépare une exposition pour faire découvrir au public des environs, un art singulier -qui célèbre la pierre et préserve la nature contre la déforestation- dont voici les mémoires à travers la vie de l’auteur.
Charly dans ses œuvres


Dans le cercle des plasticiens et des sculpteurs en particulier au Bénin, Charly Djikou fait la différence. Déjà par la matière dans laquelle il applique un style unique à lui pour en sortir des sculptures phraseuses. Matière, style et sculptures qui font tôt de capter l’attention de tout visiteur du Centre culturel ‘’Le Centre’’ au quartier Lobozounkpa dans l’arrondissement de Godomey, commune d’Abomey-Calavi où l’artiste est en résidence de création depuis deux semaines loin de son atelier de travail sis à Akassato.

Premier dessinateur de tresse sur mur

L’histoire que nous raconte l’artiste ce lundi 20 octobre 2014 lors de nos échanges dans ce centre remonte aux années 1980. Le jeune garçon collégien, après trois mois de cours en classe de 6è, a, faute de moyens, abandonné l’école pour la rue. Bien qu’étant seulement âgé de 11 ans, il était conscient que la mendicité et le banditisme n’étaient pas des chemins à arpenter. Alors, nous informe-t-il, il a eu l’inspiration de se servir de son talent d’écolier passionné de dessin pour survivre. Sa cible, c’était les coiffeuses de Cotonou. C’est ainsi qu’il est devenu dans la ville capitale économique du Bénin, l’initiateur des dessins de tresse sur les murs d’ateliers de coiffure, a-t-il confié. Mais son jeune âge trahissait beaucoup son talent. «Je passais d’atelier en atelier pour proposer mon service mais il y a beaucoup de patronnes qui ne me croyaient pas.» Pourtant le jeune dessinateur bouclait sa journée avec deux à trois dessins à raison de 500 F Cfa l’unité.

De Vossa à Allada pour ‘’ériger’’ Toussaint Louverture

C’est faisant ce tour de Cotonou à la recherche d’atelier de tresse que Charly échoua à Vossa, un quartier lacustre dans le 6è arrondissement de Cotonou   où au lieu d’atelier de tresse, il retrouva un autre arc à sa corde. «J’ai trouvé à Vossa, l’argile». Avec cette découverte, il a commencé par imiter les potières, les sculpteurs dans le ciment et ceux du bois. Puis la sculpture arracha la vedette à la peinture. «Comme les gens ont commencé par me connaître en sculpture, j’ai laissé la peinture. Plus, par la sculpture, je me fais plus respecté.» Dans cette dimension, le ciment est devenu sa matière principale et non plus l’argile, l’élément initial de sa passion à la sculpture. Ce fut pour besoin de qualité. «Je n’ai pas eu l’argile de qualité. Quand ça devient sec, l’œuvre se fend. J’ai alors adopté le ciment». C’est là que commença la carrière de sculpteur pour Charly. Avec comme premiers clients, les religieux, les adeptes de cultes pour célébrer des saints ou des divinités, jusqu’au jour où il rencontra Dari, un sculpteur béninois de regretté mémoire. C’est en jobant avec ce dernier, que Charly à l’âge de 17 ans, a eu l’honneur de réaliser la grande statue de Toussaint Louverture érigée à Allada. «C’était un marché de Dari qu’il m’a donné à exécuter» précise l’artiste.

Lokossa, Mgr Robert Sastre et la pierre

Outre Dari, Charly rencontra également sur son chemin, Pascal Guèdèhounguè par qui il intégra l’entreprise de sculpture et de décoration de Mgr Robert Sastre à Lokossa. Pendant son séjour de trois ans, il fit une autre découverte comme à Vossa à Cotonou qui finira par donner encore une autre dimension à son art et le particularise depuis qu’il s’est installé à son propre compte et réaliser plusieurs monuments publics au Bénin dont la statue du premier prêtre béninois, Thomas Mouléro à Kétou. Son dernier monument public en date, nous informe Charly, est le  Assagni à Ouidah.
«A Lokossa, j’ai connu une pierre que les gens dénichait des puits. J’ai commencé par toucher la pierre.» Mais à l’en croire, au-delà du désir de toucher à la pierre, Charly s’est accroché à cette matière en réponse à la question de savoir ce qu’il peut apporter de plus pour faire la différence sur le marché international afin d’y avoir sa place mais aussi pour vivre après sa peau. «Je me donne uniquement à la pierre. Ça me donne l’assurance.» Rappelons-le, l’autel, toutes les sculptures, et autres objets de décoration en pierre du site de pèlerinage de Dassa-Zoumè sont l’œuvre de cet artiste, à l’en croire. Sur le marché international, il a déjà son empreinte dont la restauration de l’histoire de la Guinée équatoriale dans une vingtaine de pierres. Les œuvres ont fait objet, nous apprend-t-il, d’exposition au siège de l’Union africaine en 2011 et au centre culturel français de Malabo. Aujourd’hui, dit-il, la pierre (toute catégorie) est devenue une mousse qu’il manipule avec aisance et dextérité toujours accompagnée de la musique qui dit-il, lui permet d’effectuer le voyage lui donnant l’inspiration. C’est devenu son jeu favori. «C’est une passion pour moi. Je ne joue pas à la belote, à la carte, au foot, etc. C’est quand je suis fatigué que je regarde la télé.» raconte Charly.

La folie de la pierre

Cette manipulation ‘’facile’’ de la pierre en atelier est précédée d’un travail que l’artiste même qualifie de folie. A l’en croire, dans les grottes, les carrières ou sur d’autres sites d’approvisionnement de sa matière première, il entre dans un dialogue avec les pierres qu’il résume en ces termes : «Je ne prends pas toute pierre ou n’importe quelle pierre. Je m’intéresse à celle qui me dit prends-moi. Mais avant de la prendre, il y a un travail d’observation minutieuse. Je dois y lire une expression. A cette pierre qui m’invite, je pose des questions sur ses qualités et particularités qu’elle doit me répondre. Quand elle répond, elle a son passeport dans mon  atelier ; elle est respectée. Quoi qu’en soit le prix, je paye.»

Devoir de reconnaissance à la rue

Cet art sur pierre, Charly ne veut pas en faire un code secret. Il encourage les jeunes et même des collègues sculpteurs du bois à prendre la relève. Pour ce, il se dit prêt à donner une formation gratuite à tout jeune disposé à travailler la pierre. Ceci, pour deux raisons. Primo, c’est pour la protection de l’environnement contre la déforestation. Secundo, c’est une reconnaissance à la nature. «Tout ce que j’ai ramassé dans la rue, je dois le rendre à la rue sans un francs.» confie l’artiste. Et déjà, il informe de ce que le matériel de travail ne fera pas d’obstacle à ces jeunes. «On trouve toujours une solution à son problème.» Il en veut pour preuve son cas ou à la place de la truelle dans la réalisation de ses sculptures en béton, il utilisait des cuillères au point où aujourd’hui, c’est devenu l’un de ses principaux outils de travail. «On n’a pas besoin de faire une école classique avant d’être génie de quelque chose» se convainc le ‘’maître pierre’’.

Blaise Ahouansè

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