Le professeur Romuald Tchibozo à propos de la déportation des œuvres : «Nous sommes coupés de cet important élément qui nous permettrait de nous construire …»
La déportation des objets d’art n’est pas une question nouvelle. Pourquoi c’est maintenant que vous y penser de la sorte ?
"Ce n’est pas une question nouvelle, mais elle a été minée par
la question de dédommagement de l’esclavage. Et cette question de dédommagement
de l’esclavage a divisé les intellectuels au point où on en est arrivé à oublier
l’essentiel qui constitue la déportation des œuvres. Dans le cadre du déplacement
des œuvres du musée ethnographique de Berlin dans un plus grand musée qui est en
construction, le Palais de Berlin, il y a eu des organisations d’associations qui
ne sont pas d’accord avec cette façon de faire les choses et qui se sont
constituées en ‘’anti-mouvements’’. C’est ce genre de mouvement qui a initié un
projet pour dire, au lieu d’amener ces œuvres, notamment les œuvres d’Afrique
dans ce grand musée, il fallait les retourner aux pays d’origines. Mais c’est
une question très difficile. Le Bénin est un petit pays par rapport à ça. Les
pays comme l’Egypte, n’ont pas réussi. Malgré la force l’énergie qu’ils mettent
depuis des années n’ont pas pu ramener des œuvres chez eux, du moins pas
beaucoup. Le Bénin n’a jamais eu l’occasion de remuer cette question."
En tant
qu’enseignement, comment vivez l’absence de certains objets d’art ?
"Nous avons des problèmes, par exemple, pour parler de nos œuvres
aux étudiants parce que nous n’avons pas les objets en face. C’est des photos,
… En dehors de l’enseignement, pour tout le peuple, ça reste un problème
crucial et très difficile. Quand vous regardez dans l’antiquité, la Rome
antique par exemple, les rois résidaient avec leurs représentations dans toutes
les provinces qu’ils dominent. Les populations, psychologiquement sont tous les
jours influencées par la présence de ces œuvres. Et en Europe, les grands
artistes qui ont marqué l’histoire de l’art, on a réussi à leur créer un musée.
Les populations y vont pour se ressourcer. Cela contribue à toujours rêver
grand. Mais nous on est déposséder de tous ça. Il n’y a pas de regard constant
sur ce que nos ancêtres ont réalisé pour nous permettre d’avancer. Nous sommes coupés de cet important
élément qui nous permettrait de nous construire sur ce que les autres ont fait
et que nous n’arrivons pas à faire. Cela n’a l’air de rien mais c’est ça qui
fait aujourd’hui un des grands problèmes que vit l’Afrique en général, et le
Bénin en particulier."
Propos recueillis
par Blaise Ahouansè
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