L’édition
2015 des Rencontres internationales
des arts de l’oralité (Riao) tenue du 19 au 28 mars au Bénin a été, outre les
spectacles, également un rendez-vous international de réflexion profonde sur le
secteur de l’art de l’oralité afin de le sortir de sa léthargie au Bénin et d’en
faire un art qui nourrit son homme et contribue effectivement au développement
sous toutes ses formes.
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| A table, les organisateurs et communicateurs au colloque Riao 2015 |
La 4ème édition
des Rencontres internationales des arts de l’oralité (Riao) clôturée
samedi dernier à Cotonou a connu sa phase intellectuelle le lundi 23 mars 2015.
C’était à travers un colloque sur le conte tenu au Hall des arts de Cotonou et portant les griffes de
l’Association Katoulati –auteure des Riao- et de Partenari'arts
& Culture Benin, une structure qui travaille pour « encourager la mise en réseau des acteurs et
projets culturels pour le développement et la promotion des entreprises
culturelles et industries créatives tout en appuyant l’émergence des économies
locales aussi bien que le renforcement de la lutte contre la pauvreté et le
respect des principes démocratiques à
travers la pratique qualitative des métiers des arts et de la culture ». C’est en ce sens que le colloque a porté sur « L’importance
du conte dans le développement socioculturel, humain et économique du Bénin ». A l’occasion quatre communications
ont été présentées et suivies de débats.
De l’espoir pour sauver le conte …
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| Suivi religieuse un... |
La
première communication est celle faite par l’inspecteur de l’enseignement
primaire Magloire Cossou
autour de l’importance du conte dans l’éducation des enfants. Après la définition, les spécificités et
les fonctions du conte en Afrique, le communicateur, parlant du rôle surtout
dans les activités pédagogiques et citant Pierre N’Dak, déclare, « la pédagogie même du conte africain est à
intégrer dans le système d’enseignement…le conte traditionnel, ce moyen
d’éducation efficace de la masse, et de l’éducation en particulier, peut-être
encore d’un grand intérêt dans le monde moderne s’il est exploité à bon escient ». Idem à ses dires sur les plans moral,
affectif, développement intellectuel, etc. Seulement, la préservation du conte
reste confrontée à de nombreux défis. «Beaucoup de contes n’existent
que sous forme orale. En Afrique, seuls quelques-uns sont passés à la
littérature. Par ailleurs, il faudra relever les défis liés au mythe de la Tour de Babel en répondant à la question
de la langue ou des langues dans laquelle/lesquelles il faudra dire les contes
car n’oublions pas que « traduire, c’est souvent trahir dans une certaine
mesure » souligne le
communicateur. Mais toujours est-il qu’il –le communicateur- nourrit de l’espoir
que le conte ne disparaîtra point, qu’il survivra grâce
à l’écrit, à l’audio-visuel et aux nouvelles technologies de l’information et
de la communication.
…Encore mal enseigné …
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| parterre de... |
En
deuxième communication, il s’est agi de la revalorisation du conte dans
l’enseignement secondaire. Dans sa présentation, l’inspecteur de l’enseignement
secondaire, Apollinaire Agbazahou a notifié que le conte, à la fois moyen
d’étude et objet d’étude est bien présent et valorisé dans les
programmes d'études de français au Bénin mais il qualifie son enseignement de stérile et d’infécond
pour les jeunes esprits que sont les élèves. « Il est mal enseigné et n'incite pas les apprenants à emprunter le
chemin de la création littéraire et ou artistique ou a y puiser avec frissons toute
sa portée morale » regrette le communicateur. Face à ceci, l’inspecteur dit qu’il « urge avant
tout que l'école s'ouvre sur le monde des
arts pour une initiation des enseignants aux métiers de la scène. » Aussi, propose-t-il de « faire descendre de temps à autre des conteurs professionnels dans les classes ; exploiter l'expertise des enseignants artistes
pour des séminaires de formation ; susciter le
partenariat ministère de l'éducation et celui
de la culture pour une
action concertée dans ce sens ; instituer un prix d'excellence annuel pour récompenser les meilleurs conteurs et auteurs de conte ; mener un lobbying en direction du fonds d'aide à la
culture pour la promotion de toute entreprise allant dans le cadre de la
valorisation du conte ; créer
un cadre juridique facilitateur de production de contes ; frapper aux
portes des grands décideurs du système éducatif en les sensibilisant sur la question par des termes de références convaincants, etc.
… mais gage de succès aux créations
artistiques
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| ... d'acteurs culturelles |
Outre
le domaine de l’éducation et de l’enseignement, le colloque a permis également
de réfléchir sur le rôle du conte dans les créations artistiques. La
communication présentée par Claude Balogun, comédien, conteur et cinéaste rend compte de ce que le conte nourrit toutes les disciplines de
création artistique. C’est même une source non encore entamée, à en croire le
communicateur. Mais il va falloir une prise de conscience et une formation des
professionnels des arts, tous domaines confondus, à une démarche
professionnelle d’exploitation de cette ressource. Claude Balogoun propose
également la formation des artistes à la chaîne de création artistique, le cadre juridique d'organisation de la
société civile dans le domaine des arts pour créer un lobbying respectable et une meilleure gestion des entreprises culturelles.
Absence de données quant à l’économie du
conte
La
quatrième communication à ce colloque s’est intéressée à l’économie culturelle
et créative. Malheureusement, dans ce domaine, le communicateur Espéra
Donouvossi,
Administrateur
culturel et assistant de recherche
en politique
culturelle et économie créative, a fait remarquer l’absence de données. Ce qui, dira-t-il, affaiblit les programmes
de plaidoirie et des activités de groupe de pression dans le secteur culturel
et artistique. Il propose
alors que « les acteurs culturels et de la société civile se mobilisent et
initient des activités et programmes qui promeuvent plus et mieux le patrimoine culturel dans les
créations artistiques avec mention spéciale au conte». Faudra également, suggère le communicateur,
«mettre en place des
mécanismes de recherche pour évaluer, quantifier l’apport de la culture dans le
processus du développement ;
initier des rencontres
culturelles, créatives et thématiques pour discuter et analyser les données sur
la culture et faire des propositions pour une meilleure gestion de la culture
au Benin ; tisser des liens solides avec les universités
pour faciliter et encourager les recherches non sur l’importance de la culture
mais sur les chiffres et données qui certifient son importance économique ; mettre en place une société civile plus forte
et plus collaborative dans le secteur de la culture».
Pour le suivi de
toutes ces propositions et dans le but de continuer les réflexions, deux
comités ont été mis sur pied. Un comité de suivi des actes et recommandation du
colloque, et un comité scientifique pour la recherche et les réflexions sur
l'apport économique de la culture au développement au Bénin.
Blaise Ahouansè




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