Accéder au contenu principal

Entretien avec Ignace Sossou, auteur de «Comme de la myrrhe» : «C’est ma contribution pour l’élévation des consciences et pour aider aussi les élèves»


Enseignant de lettres dans les collèges et lycées du Bénin, Ignace Sossou vient de publier aux éditions Plumes Soleil à Cotonou, «Comme de la myrrhe», son premier recueil de poèmes. Avant le lancement officiel de ce livre prévu pour jeudi 27 août prochain au centre culturel Artisttik Africa, l’auteur se prête à quelques interrogations que suscite la lecture de l’ouvrage. Interview.

Le titre de votre ouvrage. Est-ce pour dire que vos textes sont comme de la myrrhe ?

La myrrhe, c’est une plante qui à partir de sa gomme donne un encens qu’on appelle également la myrrhe. L’encens -la myrrhe- est symbolique. En réalité, c’est une plante qui nous indique ou qui reflète en quelque sorte la capacité de transformation que la nature nous donne. Cette gomme est amère, mais quand on commence par la brûler pour avoir l’encens, au cours du processus, elle devient très sucrée. C’est un peu cette métamorphose qui nous a guidé à donner ce titre à l’ouvrage.

C’est alors en relation avec ce chantier dont vous parlez dans le livre et qu’il faut travailler en urgence : la conscience de l’homme.

Oui. C’est directement lié. Je pense que lorsqu’on regarde la société aujourd’hui, surtout la société béninoise, c’est une évidence que nous avons besoin véritablement de nous transformer. Il faut que nous élevions notre conscience beaucoup plus vers des valeurs plutôt que de tourner autour de la recherche de satisfactions, de besoins, parfois même des besoins vils. Nous courons tous derrière ça, or quand nous nous observons un peu, cette course effrénée vers le matériel, l’argent, la femme ou le sexe nous amène vers le K.O. Mais c’est tout comme si nous n’avons pas la capacité de rétention pour dire, « non, arrêtons ». Pourquoi, simplement parce que nous ne travaillons pas suffisamment sur notre conscience pour l’élever.

Le travail pour une nouvelle conscience est pour vous la priorité ?

Bien sûr. Il faut transformer d’abord notre conscience pour pouvoir avoir une certaine maitrise de nous-mêmes, pour pouvoir diminuer nos ambitions, pour pouvoir nous orienter vers le bien. Si on ne le fait pas, on va être mené par l’événement des choses, et puis nous allons dire, « c’est  plus fort que nous, on ne peut pas, qu’est-ce qu’on peut maintenant ? ». Si nous rentrons en nous-mêmes, nous allons retrouver les ressources qu’il faut pour réorienter les choses et pour que ça aille dans le bon sens.

Certes dans le recueil, il y a des textes qui datent de 1998 mais on s’interroge sur la période que vous avez choisie pour les publier. Pourrait-on désormais vous mettre au titre des créateurs d’œuvre de l’esprit acquis déjà pour la cause de cet homme politique qui dans le cadre des tractations pour la présidentielle de 2016 parle de ‘’nouvelle conscience’’ ?

Il n’y a pas de hasard. Je ne pourrai pas dire que ça a été calculé outre mesure. La nature a tourné les choses de sorte que le livre paraisse dans cette période là, et je me dis que c’est peut-être une grâce.

Une grâce ?

L’acteur politique dont vous parlez, qui parle de nouvelle conscience, c’est un monsieur que je respecte bien. Il a été au cœur de l’appareil du pouvoir. Avec tout ce qu’il a vu et tout son savoir dans ce domaine, il s’est rendu compte que pour que les choses aillent mieux, il faut une nouvelle conscience. C’est dire qu’en réalité, ce que nous disons depuis des dizaines d’années en arrière, on ne s’était pas trompé. Si on n’a pas une bonne conscience, on ne peut pas faire de bonne chose. On dit qu’on ne donne aux autres que ce qu’on a. Si déjà nous ne sommes pas dotés de qualités pour bien faire, on ne peut pas les transmettre à d’autres. La plus grande valeur dans le développement d’une nation, c’est d’abord l’homme. Et pas n’importe quel homme. C’est l’homme qui a en lui des valeurs, qui peut faire le développement d’une nation. Je crois bien que c’est cela que ce grand monsieur à compris pour nous ramener maintenant à une nouvelle conscience. Il faut que le Béninois travaille véritablement sa conscience si nous voulons vraiment que ce pays se développe.

Outre la conscience, il y a aussi quelques poèmes sur l’amour. L’amour, on dirait un chantier fertile pour les poètes.  

Bien attendu. Victor Hugo disait, « Plus amoureux qu’un poète vous mourez ». D’abord la poésie, c’est l’expression des sentiments. Le sentiment que nous célébrons le plus, c’est l’amour. Etre poète, c’est d’abord être amoureux ; être amoureux des choses, de la nature, de l’homme,… C’est pour cela que la poésie de tout temps a été fortement marquée par une expression amoureuse. C’est ce qui se traduit un peu dans ce livre.

Parlant d’expression, on a vu en vous, à travers ce livre, un poète qui a fait l’option d’un style un peu dilué.

C’est vrai. De tout temps, on a pensé que la poésie devrait être toujours une forme d’expression suffisamment fermée et élevée à laquelle on ne peut pas accéder facilement. Cela a fait qu’aujourd’hui on enseigne difficilement la poésie à l’école. Que ça soit des enseignants comme des élèves, ils trouvent que la poésie est trop compliquée, or nous pensons fondamentalement que dans l’acte d’apprentissage d’une langue, la poésie a sa place, la poésie a même des valeurs. Souvenez-vous, quand nous, on s’efforçait dans les basses classes à mémoriser des auteurs poétiques, cela nous permettait de garder des mots, des expressions. Du coup, la poésie nous permet de développer notre capacité de mémorisation. Mais au jour d’aujourd’hui, ce n’est plus courant dans nos classes d’enseigner la poésie de cette façon. Et comme je suis dans le système, je suis à l’école en tant qu’enseignant et que j’aime la poésie, je me suis demandé si on ne peut pas s’essayer à diluer un peu cette façon de ‘’servir’’ la poésie sans lui enlever tout son expressivité. C’est ce que j’ai fait en essayant d’avoir un style beaucoup plus simple pour faire passer un message.

Alors, «Comme de la myrrhe», aussi un livre pour l’enseignement de la poésie et l’amour de la poésie à l’école ? 

Bien entendu. Si je me suis décidé à publier ces textes sous cette forme, c’est d’abord parce que je me suis dit, nous critiquons tous le système de façon trop théorique. Alors, j’ai publié ces textes pour dire simplement à nos élèves, vous pouvez aussi, ce n’est pas si extraordinaire, il suffit que vous vous mettiez à la tâche et vous vous exerciez un peu. Je pense aider nos apprenants à se mettre à la plume avec ça. C’est ma petite contribution ; c’est sans autre ambition.

Où et à combien peut-on se procurer le livre ?

Ce sera disponible à partir de la semaine prochaine. Le lancement officiel est prévu pour le jeudi 27 août prochain à Artisttik Africa à Agla. Ce sera disponible auprès de l’auteur, auprès de l’éditeur, à radio Ahémé à Possotomè et dans d’autres coins qui ne sont pas encore déterminés. C’est à trois mille (3.000) francs Cfa.

Propos recueillis par Blaise Ahouansè

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Compétitions départementales Classes culturelles : Le CEG 1 Bohicon remporte le trophée en musique et en danse dans le Zou

L’étape du Zou, dans le cadre des compétitions départementales des classes culturelles au Bénin, s’est déroulée le samedi 11 octobre 2025 dans l’enceinte du Collège d’Enseignement Général (CEG) 1 Bohicon. À l’occasion, l’établissement hôte s’est imposé de la plus belle manière en remportant entre autres, les premiers trophées en musique et en danse. Neuf établissements abritant des classes culturelles dans le département du Zou étaient en lice dans quatre disciplines, à savoir arts plastiques, danse, théâtre et musique avec ses sous-composantes piano, guitare, instrument à vent (trompette) et batterie. Le CEG 1 Bohicon brille dans toutes les catégories  À l’issue des épreuves, les apprenants du CEG 1 Bohicon ont réalisé un véritable exploit.  C'est à cet établissement qu'est revenu le trophée de la musique. Ses apprenants dans la musique ont arraché le trophée musique et les premières places meilleur pianiste, batteur, trompettiste et guitariste. Ils ont également remporté le ...

Projet de mise en œuvre de la gestion collective des droits voisins au Bénin: Les experts de l’Ompi échangent avec les structures et acteurs concernés

Une mission de l’Organisation mondiale de la propriété internationale (Ompi) a séjourné semaine dernière au Bénin dans le cadre du projet de mise en œuvre de la gestion collective des droits voisins.   Les experts de l’Ompi assistés du Dg/Bubedra (dte) à la séance d’échanges avec les artistes à propos des droits voisins Le Directeur adjoint de la division infrastructures des droits d’auteurs de l’Ompi, Simon Ouédraogo, et le Directeur des affaires juridiques et internationales de la Spedidam France Xavier Blanc étaient face aux artistes et associations d’artistes vendredi 12 décembre dernier au siège du Bubedra à Cotonou. C’est dans le cadre d’une mission de 48 heures qu’ils ont mené au Bénin pour le compte de l’Organisation mondiale de la propriété internationale (Ompi) en réponse favorable à la sollicitation du Bénin à travers le ministère de la culture pour appuyer le Bureau béninois du droit d’auteur et droits voisins (Bubedra) dans le cadre du projet de m...

Bénin : Félix Didolanvi, le premier chantre d’une génération

Depuis 1972, il est resté l’un des chantres au Bénin dont le talent fait l’unanimité et les messages objets d’évangélisation et de méditation, traversent les temps comme des prophéties. Félix Didolanvi alias Pêcheur des hommes, reste une vedette, compositeur-chanteur unique, pionnier d’une nouvelle ère de griots à ‘’Adjra-whé’’. Un tour dans ses mémoires. Pêcheur comme Pierre, Félix Didolanvi alias Pêcheur des hommes, connaitra le même sort que l’apôtre de Jésus. L’histoire que nous raconte le chantre de l’Eternel dans la matinée de ce jeudi 21 décembre 2017 en son domicile à Akpakpka Dododomey Enayon, révèle des similitudes avec celle du personnage biblique. Un jour, autour de l’an 1934, apparu dans le grand cercle familial Didolanvi du quartier Sokomey à Porto-Novo, le petit Félix qui deviendra ce chantre phénix. Il est apparu dans une grande cour -‘’Adjra-whé’’-, de griots, où la muse a la particularité d’être beaucoup plus au service des invectives et règlements de compte....