Accéder au contenu principal

Échos de salle au FICAK 2025: « Warassa », plaidoyer pour l'héritage à la femme


« Les femmes n'ont pas droit à l'héritage». Triste mais encore réalité dans plusieurs pays d’Afrique, du moins selon certaines traditions sur le continent. «Warassa», le long-métrage du réalisateur tchadien Aaron Padacké Zégoulé, sorti en 2024 et projeté en compétition officielle le dimanche 22 juin 2025 au Festival international du cinéma africain de Khouribga (FICAK) au Maroc, aborde la thématique.

Saboura. 18 ans. La jeune fille est désignée comme seule héritière des biens de son père. Mais après le décès de celui-ci, son oncle Yérima s'oppose au testament. Au nom de la tradition selon laquelle « l'héritage est réservé aux hommes», il multiplie les manœuvres pour empêcher sa nièce de jouir de ses droits et s'en accaparer lui-même. L'histoire au cœur du film «Warassa» (L’héritage) met en lumière cette question récurrente l'écran de l'accès des femmes à l'héritage. 

«Warassa» se veut à la fois une défense des droits des femmes et une proposition de solutions face à un problème aux multiples conséquences sur l'avenir des filles. Les plans de l'oncle poussent la jeune fille vers un mariage forcé avec un homme de la génération de son père, un ami d'affaires de Yérima. Lorsqu'elle parvient à s'échapper, elle passe se retrouve dans la rue, ses rêves brisés, avec pour seul compagnon sa guitare. Comme elle, nombreuses sont les filles et les femmes dont les rêves sont écrasés sous le poids de la tradition.

En face à cette injustice, le film explore la piste judiciaire. Avec l’aide d'un avocat, Saboura brise le silence et ose affronter son oncle en justice. Mais Yérima ne compte pas rebrousser chemin. Bien au contraire, il intensifie sa volonté en kidnappant à la fois sa nièce et l'avocat. Son élan ne sera stoppé que par la justice populaire, celle des enfants de rue, qui le mettront à mort à coups de bâton. 


Si « warassa» met en avant la voie judiciaire, il souligne aussi les limites d'une souvent inaccessible ou peu crédible. Le réalisateur lui-même semble douter de son efficacité, préférant conclure l'histoire par une justice expéditive plutôt que l'égale. Interrogé sur son choix, il explique : « On est en Afrique où nous sommes encore un peu en retard par rapport à d’autres pays en matière de justice. Souvent, elle échoue. Alors, la justice populaire intervient m. Dans cette histoire, c'est elle qui a tranché».

Si seule la mort de Yérima permet à Saboura de recouvrer ses droits, cela illustre de la gravité du la problème l'urgence d’agir, notamment de briser le silence. Dans la rue ou sein dans des mariages forcés, des enfants ont besoin de la protection de l'Etat, à travers une justice accessible et crédible, comme le réclamait le jeune dramaturge béninois Tranquillin Sourou Nonfon dans sa pièce « Un chemin pour les oubliés». « Warassa» se fait l’écho de ce combat pour les droits de la femme, portant la voix des victimes de traditions oppressives.


Blaise Ahouansè (Khouribga/ Maroc)

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Compétitions départementales Classes culturelles : Le CEG 1 Bohicon remporte le trophée en musique et en danse dans le Zou

L’étape du Zou, dans le cadre des compétitions départementales des classes culturelles au Bénin, s’est déroulée le samedi 11 octobre 2025 dans l’enceinte du Collège d’Enseignement Général (CEG) 1 Bohicon. À l’occasion, l’établissement hôte s’est imposé de la plus belle manière en remportant entre autres, les premiers trophées en musique et en danse. Neuf établissements abritant des classes culturelles dans le département du Zou étaient en lice dans quatre disciplines, à savoir arts plastiques, danse, théâtre et musique avec ses sous-composantes piano, guitare, instrument à vent (trompette) et batterie. Le CEG 1 Bohicon brille dans toutes les catégories  À l’issue des épreuves, les apprenants du CEG 1 Bohicon ont réalisé un véritable exploit.  C'est à cet établissement qu'est revenu le trophée de la musique. Ses apprenants dans la musique ont arraché le trophée musique et les premières places meilleur pianiste, batteur, trompettiste et guitariste. Ils ont également remporté le ...

Bénin : Félix Didolanvi, le premier chantre d’une génération

Depuis 1972, il est resté l’un des chantres au Bénin dont le talent fait l’unanimité et les messages objets d’évangélisation et de méditation, traversent les temps comme des prophéties. Félix Didolanvi alias Pêcheur des hommes, reste une vedette, compositeur-chanteur unique, pionnier d’une nouvelle ère de griots à ‘’Adjra-whé’’. Un tour dans ses mémoires. Pêcheur comme Pierre, Félix Didolanvi alias Pêcheur des hommes, connaitra le même sort que l’apôtre de Jésus. L’histoire que nous raconte le chantre de l’Eternel dans la matinée de ce jeudi 21 décembre 2017 en son domicile à Akpakpka Dododomey Enayon, révèle des similitudes avec celle du personnage biblique. Un jour, autour de l’an 1934, apparu dans le grand cercle familial Didolanvi du quartier Sokomey à Porto-Novo, le petit Félix qui deviendra ce chantre phénix. Il est apparu dans une grande cour -‘’Adjra-whé’’-, de griots, où la muse a la particularité d’être beaucoup plus au service des invectives et règlements de compte....

Note de lecture : Yèmi ou le miracle de l’amour de Adélaïde Fassinou (Roman de jeunesse -version revue et corrigée-, Bénin, Star Editions, 2014, 147)

Romancière, nouvelliste et poète, avec une abondante production à son actif, Adélaïde Fassinou refait surface avec une version entièrement revue et corrigée de son œuvre, Yèmi ou le miracle de l’amour, un roman de jeunesse, qui a été publié pour la première fois aux Editions du Flamboyant au Bénin, en l’an 2000, et pour une deuxième fois, à Star Editions, en 2014, quelques mois avant son roman Le Journal d’Esclamonde, publié par Les Editions Plurielles en Janvier 2015, Bénin. Lecture et analyse Ce roman dont les actions se déroulent à la fois dans le village de Sêtin et dans la ville de Cotonou, parle d’une gamine villageoise de onze ans, se prénommant Yèmi, aux prises avec sa destinée. Issue de parents très pauvres et vivant dans des conditions les plus misérables, Yèmi doit désormais son salut de jeune fille éduquée, et, plus tard, de femme accomplie à la famille Koumi. Le destin a voulu   que Yèmi quitte la misère du village pour une famille adoptive à Cotonou, où el...