Michel Ouedraogo est l'une des personnalités du cinéma africain avec une vision pour ce secteur. Ancien directeur général du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO), il est de retour cette année sur le Festival international du cinéma africain de Khouribga (FICAK) au Maroc. Rencontré à l'ouverture le samedi 21 juin 2025, il nous livre son impression sur la nouvelle dynamique du FICAK et lance un appel d'une part, à l'ensemble des festivals de cinéma sur le continent et d'autre part, à la jeune génération africaine de professionnels du 7ème art. Interview.
C'est votre retour sur le FICAK. Quel est votre constat ?
C'est pour moi vraiment un plaisir de renouer avec ce festival parce que ma dernière invitation était de 2015. 10 ans après, je renoue avec ce festival et je vois qu'il y a une évolution qualitative. Je constate déjà dans la sélection qu'il y a beaucoup de films. Cela démontre de la vivacité du cinéma africain. Ce festival marque encore l'histoire en s'ouvrant et en étant aussi cadre de rassemblement de tous les cinéastes africains. C'est vraiment un plaisir de revoir tous les anciens amis, tous les professionnels du cinéma. Ça se crée un espace, un cadre d’échanges. Tout se passe vraiment dans une ambiance, comme on dit, cinématographique.
Parmis ces anciens amis, il y en a qui sont sous les feux de la rampe comme le sénégalais Mansour Sora Wade à travers des hommages. Quelle est votre regard sur ce volet dans l'agenda du FICAK ?
C'est ça aussi l'humanisme ; c'est ça aussi le professionnalisme ; c'est ça aussi construire une histoire du cinéma africain. Il faut qu'on s'aime vivant. Il ne faut pas attendre que ces idoles du cinéma africain disparaissent pour qu'il y ait seulement des hommages à titre posthume. Il faut le faire pendant qu'ils sont vivants. Je crois que l'honneur qui est fait au cinéma mauritanien et au réalisateur sénégalais Sora Wade sont les preuves que la dynamique du cinéma a une histoire. Cette histoire là, il faut la prolonger, il faut la consolider, il faut l'écrire. Ce sont ces hommages qui écrivent l'histoire du cinéma africain avec tous ces réalisateurs et tous ces professionnels. C'est assez important. Je souhaite que tous les festivals africains puissent à chaque fois que possible, honorer les cinéastes, les comédiens. Cela est très important pour que nous puissions ensemble écrire une vraie histoire du cinéma africain.
Écrire cette histoire à travers les hommages aurra quels impacts sur le cinéma africain ?
L'impact, c'est que ça donne des modèles. Le réalisateur sénégalais a dit qu'il a décidé de raconter des histoires. Mais c'est quelle histoire ? C'est l'histoire de l'Afrique. Et il demande à ses jeunes frères de continuer à raconter l'histoire parce que le cinéma est un miroir. Personne n'écrira notre histoire. Et si on peut utiliser le cinéma comme un canal pour éduquer, pour écrire notre histoire, pour donner à l'Afrique un élan fort et formidable, je crois qu'il ne faut pas hésiter. Si ça doit passer par les hommages, on fera les hommages. Si ça doit passer par d'autres cadres, on le fera. Mais je pense que les hommages sont une reconnaissance et que le cinéma africain se reconnaît à travers ceux qui font sa promotion, à travers ceux qui font vivre le cinéma africain et vont voir le cinéma africain à travers le monde. C'est une belle histoire, il faut continuer à l'écrire.
Pour continuer à l'écrire, quel est votre message à la jeune génération du cinéma africain ?
Il faut que cette jeune génération du cinéma africain non seulement cherche à s'inscrire mais cherche aussi à être eux-mêmes parce que l'inspiration ne veut pas dire qu'on s'oublie, l'inspiration ne veut pas dire qu’on copie. L'inspiration, c'est un modèle. Ça peut être une démarche professionnelle, ça peut être une démarche cinématographique. La jeune génération peut apporter sa touche. Les histoires que vivent aujourd'hui les jeunes ne sont pas les histoires qu’ont vécues leurs aînés mais m'empêche que la jeune génération peut toujours travailler sur cette histoire parce qu'elle n'appartient pas à une génération. Elle appartient à toute l'Afrique. La nouvelle génération peut comprendre cette histoire d'une autre manière et peut même peut-être l'améliorer. L'histoire de l'Afrique est une histoire qui évolue. C'est en cela que je dis qu'il faut que la jeune génération puisse s'inspirer de leurs aînés mais être eux-mêmes dans le cadre de leurs productions cinématographiques car l'histoire de l'Afrique est une histoire qui évolue et qui évoluera toujours. Il y aura encore d'autres générations qui viendront prendre le flambeau et feront avancer le cinéma africain.
Propos recueillis par Blaise Ahouansè ( Khouribga / Maroc)

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