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Autisme et préjugés sociaux en Afrique : « Quand l'enfant va mal, on accuse tout de suite la femme », dénonce Benedicte Kouadio, réalisatrice de « Ma détresse »

Sélectionné pour la 26ème édition du Festival international du cinéma africain de Khouribga (FICAK), le court métrage « Ma détresse » aborde avec sensibilité la question de l'autisme et du rejet dont sont souvent victimes les mères d'enfants atteints de troubles du développement. Benedicte Kouadio, la réalisatrice ivoirienne revient sur les motivations qui ont inspiré cette œuvre et partage ses impressions sur sa participation au festival.

Vous êtes auteure du film « Ma détresse ». Qu'est-ce qui vous a motivée à réaliser ce film ?

Ce qui m'a d'abord motivée, c'est que ma meilleure amie a un enfant autiste. Etant donné qu'elle a cet enfant autiste, elle a été rejetée par sa famille. On l'a accusée de tous les noms ; on disait que si son enfant était malade, c'était de sa faute et que c'était un enfant sorcier. On rejetait tout de suite la faute sur la mère. Du coup, elle a vraiment vécu une situation difficile. Elle était dans une dépression au point où elle avait même voulu se tuer et tuer son enfant. Cela m'a touchée personnellement parce que j'ai constaté aussi qu'en Afrique, quand l'enfant va bien, quand l'enfant réussit, c'est toute la famille, c'est l'homme. Mais quand l'enfant va mal, on accuse tout de suite la femme.

Alors, est-ce que c'était pour vous, juste pour sauver ou défendre une amie ?

Ce n'était pas seulement pour défendre mon amie. C'était aussi une façon d'attirer le regard de la société sur ses agissements. C'est d'ailleurs ce que vous avez pu constater à la fin de mon film. C'est pour attirer l'attention des gens. C'est vrai que je ne pourrai pas changer le monde, mais je peux au moins attirer l'attention des gens sur l'impact que leurs réactions peuvent avoir sur les autres.

En s'interrogeant sur l'image de la fin, on voit une femme à bout qui prend la décision d'étrangler son enfant, mais qui semble en même temps regretter ?

Evidemment, une maman normale ne va pas aller jusqu'à étrangler son enfant. Si vous l'avez bien constaté dans le film, lorsqu'elle essaie d'étrangler son enfant, la couleur du film change et prend une teinte rouge. Cela veut dire qu'elle est dans un moment de dépression, dans un état où elle n'est plus elle-même. Après, elle revient à elle, mais je ne vous dirai pas si l'enfant est mort ou pas. C'est à chacun d'imaginer sa propre fin.

Ce débat est-il récurrent chez vous en Côte d'Ivoire ?

Ce n'est pas un débat vraiment récurrent, mais toujours est-il que nous avons nos mentalités africaines qui font que nous avons déjà des préjugés sur ces enfants. On se dit que ce sont des enfants sorciers, des enfants maudits. A l'époque, à ce que je sais, les gens envoyaient ce genre d'enfants dans la forêt ; on les livrait aux ancêtres.

Déjà deux jours d'activités pour vous au FICAK. Quelles sont vos impressions ?

Je suis très contente d'être au festival, d'autant plus que c'est l'un des plus grands et des plus anciens festivals d'Afrique. Cela me fait plaisir de pouvoir rencontrer de grands cinéastes africains. C'est un honneur pour moi que mon premier court métrage soit sélectionné à Khouribga.

Blaise Ahouansè

 

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