Autisme et préjugés sociaux en Afrique : « Quand l'enfant va mal, on accuse tout de suite la femme », dénonce Benedicte Kouadio, réalisatrice de « Ma détresse »
Vous
êtes auteure du film « Ma détresse ». Qu'est-ce qui vous a motivée à réaliser
ce film ?
Ce
qui m'a d'abord motivée, c'est que ma meilleure amie a un enfant autiste. Etant
donné qu'elle a cet enfant autiste, elle a été rejetée par sa famille. On l'a
accusée de tous les noms ; on disait que si son enfant était malade, c'était de
sa faute et que c'était un enfant sorcier. On rejetait tout de suite la faute
sur la mère. Du coup, elle a vraiment vécu une situation difficile. Elle était
dans une dépression au point où elle avait même voulu se tuer et tuer son
enfant. Cela m'a touchée personnellement parce que j'ai constaté aussi qu'en
Afrique, quand l'enfant va bien, quand l'enfant réussit, c'est toute la
famille, c'est l'homme. Mais quand l'enfant va mal, on accuse tout de suite la
femme.
Alors,
est-ce que c'était pour vous, juste pour sauver ou défendre une amie ?
Ce
n'était pas seulement pour défendre mon amie. C'était aussi une façon d'attirer
le regard de la société sur ses agissements. C'est d'ailleurs ce que vous avez
pu constater à la fin de mon film. C'est pour attirer l'attention des gens.
C'est vrai que je ne pourrai pas changer le monde, mais je peux au moins
attirer l'attention des gens sur l'impact que leurs réactions peuvent avoir sur
les autres.
En
s'interrogeant sur l'image de la fin, on voit une femme à bout qui prend la
décision d'étrangler son enfant, mais qui semble en même temps regretter ?
Evidemment,
une maman normale ne va pas aller jusqu'à étrangler son enfant. Si vous l'avez
bien constaté dans le film, lorsqu'elle essaie d'étrangler son enfant, la
couleur du film change et prend une teinte rouge. Cela veut dire qu'elle est
dans un moment de dépression, dans un état où elle n'est plus elle-même. Après,
elle revient à elle, mais je ne vous dirai pas si l'enfant est mort ou pas.
C'est à chacun d'imaginer sa propre fin.
Ce
débat est-il récurrent chez vous en Côte d'Ivoire ?
Ce
n'est pas un débat vraiment récurrent, mais toujours est-il que nous avons nos
mentalités africaines qui font que nous avons déjà des préjugés sur ces
enfants. On se dit que ce sont des enfants sorciers, des enfants maudits. A
l'époque, à ce que je sais, les gens envoyaient ce genre d'enfants dans la
forêt ; on les livrait aux ancêtres.
Déjà
deux jours d'activités pour vous au FICAK. Quelles sont vos impressions ?
Je
suis très contente d'être au festival, d'autant plus que c'est l'un des plus
grands et des plus anciens festivals d'Afrique. Cela me fait plaisir de pouvoir
rencontrer de grands cinéastes africains. C'est un honneur pour moi que mon
premier court métrage soit sélectionné à Khouribga.
Blaise Ahouansè

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