Projeté le 1er juin en compétition officielle du Festival international du cinéma africain de Khouribga (FICAK), le court métrage « Ratures » de la réalisatrice béninoise Evelyne Agli a marqué les esprits par son écriture cinématographique singulière. Entre photographie en noir et blanc, création sonore immersive et hybridation des formes artistiques, l'œuvre a suscité l'admiration de plusieurs critiques qui y voient l'expression d'un style audacieux et profondément engagé.
Dans la salle du Centre culturel Mohammed V de Khouribga, ce lundi 1er juin 2026 au Maroc, Ratures n'a laissé personne indifférent. Explorant les enjeux de la liberté d'expression et du numérique, le film se distingue par une proposition esthétique qui rompt avec les codes narratifs classiques. Inspirée notamment par le cinéaste français Chris Marker et par l'univers dystopique de 1984 de George Orwell, Evelyne Agli revendique une démarche expérimentale. « C'est un film qui parle de l'avenir de certains métiers et surtout de l'avenir en matière de liberté d'expression », explique-t-elle. A travers un film photographique construit à partir d'images fixes en noir et blanc et porté par une création sonore singulière, elle interroge les menaces qui pèsent sur l'expression humaine, le journalisme et la place croissante du numérique dans nos sociétés.
Pour Abdelilah Khattabi, critique de cinéma et professeur agrégé de traduction, Ratures s'inscrit pleinement dans la catégorie rare du « film photographique ». Un choix qui participe, selon lui, à la force d'une œuvre qu'il qualifie de « concentré d'engagement ». Le critique y voit la marque d'une conscience artistique affirmée, portée par une réalisatrice attachée à la défense de la liberté d'expression.
L'approche séduit également le plasticien et critique d'art marocain Chafik Ezzouguari. Pour lui, Ratures figure parmi les films les plus marquants qu'il ait découverts cette année. « C'est un film qui a révélé beaucoup de choses dans ma perception visuelle et qui a soulevé des questions très importantes pour l'art contemporain », estime-t-il.
Une écriture visuelle et sonore hors inouïe
La forme adoptée par Evelyne Agli retient particulièrement l'attention des observateurs du festival. Le recours au noir et blanc, loin d'un simple choix esthétique, participe à la construction du sens. « Ce n'est pas uniquement pour exprimer le caractère intemporel du noir et blanc. C'est surtout pour matérialiser cette peur, ces doutes et ces craintes qui me traversent », confie la réalisatrice. Cette démarche trouve un écho favorable chez Chafik Ezzouguari, qui salue le travail réalisé autour des images fixes et des nuances du noir et blanc. Selon lui, cette approche révèle une maîtrise artistique peu commune et une réflexion approfondie sur les possibilités du langage visuel. Le son constitue également l'un des piliers de l'œuvre. Evelyne Agli explique avoir voulu créer une matière sonore capable de traduire les peurs et les questionnements de l'individu face aux bouleversements contemporains. « J'ai voulu concevoir le son comme un personnage à part entière », affirme-t-elle.
Chafik Ezzouguari considère que l'articulation entre ces deux écritures, -visuelle et sonore- constitue l'une des grandes réussites du film. « C'est vraiment très intelligent de travailler de cette manière, car seuls les artistes créatifs peuvent faire cela », affirme-t-il. Il souligne également la capacité de la réalisatrice à faire dialoguer plusieurs disciplines, du cinéma aux arts plastiques en passant par la musique. Un constat partagé par Abdelilah Khattabi, qui évoque « un style iconoclaste » et « inédit », où se mêlent dessins, slogans, voix off et compositions visuelles. À ses yeux, Ratures constitue « le concentré d'une vision artistique inouïe » qui échappe aux classifications habituelles.
Son audace et l'originalité de son écriture, témoigne déjà d'une personnalité artistique affirmée, avoue Abdelilah Khattabi. « Les Béninois peuvent se réjouir. Ils ont dans leur patrie une jeune talentueuse qui aura son mot à dire dans l'espace cinématographique, non seulement africain, mais aussi mondial », affirme-t-il.
Blaise Ahouansè

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