L’avenir de la production cinématographique africaine face à l’essor des plateformes de diffusion numérique est au cœur du volet scientifique de la 26ᵉ édition du Festival international du cinéma africain de Khouribga (FICAK), qui se tient depuis le 30 mai 2026 au Maroc. Le colloque organisé dans la matinée du dimanche 31 mai à la médiathèque de Khouribga était consacré au thème : « Streaming ou rêve : le dilemme africain ».
Le streaming est-il une chance ou une menace pour le cinéma africain ? La question a dominé les échanges de cette rencontre. Chercheurs, critiques et professionnels du cinéma ont analysé les mutations que connaissent aujourd’hui les cinématographies du continent. Le chercheur en médias et producteur marocain Abdelssalam Meftahi a ouvert les débats en soulignant l’ampleur du tournant numérique. Pour lui, l’essor des plateformes de diffusion bouleverse les modèles traditionnels de production, de distribution et de consommation des œuvres audiovisuelles. « L’avenir du cinéma africain est confronté à un défi numérique majeur », a-t-il déclaré. Si ces plateformes offrent de nouvelles opportunités de visibilité aux productions africaines, elles imposent également leurs propres normes. Formats, rythmes narratifs, exigences techniques et attentes du marché mondial influencent désormais la création cinématographique.
Le premier vice-président de la Fédération africaine de la critique cinématographique (FACC), Dr Victor Kabré, estime que cette évolution transforme profondément les choix artistiques des réalisateurs. Cadrage, montage, étalonnage ou encore narration sont de plus en plus façonnés par les standards des plateformes internationales. « Pour exister sur la scène mondiale, le cinéaste africain est souvent contraint de se conformer aux codes de ces plateformes, avec le risque de perdre certaines des spécificités qui font sa singularité », explique l’enseignant.
Dès lors, une question centrale se pose : comment l’Afrique peut-elle préserver son identité et son esthétique, profondément ancrées dans ses réalités culturelles, face aux exigences des plateformes numériques qui privilégient des normes techniques spécifiques, une dramaturgie plus explicite, un montage accéléré et des structures scénaristiques standardisées ? Autrement dit, comment conquérir les écrans du monde sans sacrifier l’âme du cinéma africain ? Pour les intervenants, l’enjeu consiste à trouver un équilibre entre l’adaptation aux nouvelles réalités numériques et la préservation d’une identité nourrie des cultures, des imaginaires et des récits du continent. Un défi de taille qui pourrait largement déterminer l’avenir du cinéma africain dans les années à venir.
Blaise Ahouansè

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