Entretien avec François Akouabou Adianaga au terme du FICAK 2026 : « Les festivals africains doivent aller au-delà de la promotion des films et contribuer à bâtir une véritable industrie cinématographique »
Une semaine de projections, de débats et de rencontres professionnelles s’est achevée à Khouribga à l’occasion de la 26ᵉ édition du Festival international du cinéma africain de Khouribga (FICAK). François Akouabou Adianaga, chef du département du FESPACO, en dresse un bilan globalement positif, saluant la qualité des œuvres et la richesse des échanges. Il appelle toutefois les festivals africains à dépasser leur rôle de vitrine pour devenir de véritables leviers de structuration de l’industrie cinématographique sur le continent.
Vous êtes un habitué du FICAK. Quel regard portez-vous
sur cette 26ᵉ édition ?
Il faut déjà saluer cette initiative et le fait que
cette 26e édition ait pu se tenir malgré les difficultés que connaissent les
festivals. Chaque édition est une nouvelle expérience. On peut avoir 50 ans
d'existence mais toujours avoir des dysfonctionnements parce qu’il y a de
nouvelles données, de nouvelles personnes, de nouveaux programmes.
De manière générale, je repars très satisfait de cette
édition. Du côté artistique, on a vu des films de très belle facture, qui ont
embrassé les thématiques africaines et qui ont permis aux réalisateurs, aux
créateurs et au public de discuter à travers les échanges autour des films.
C'est cela qui renforce notre culture cinématographique.
A côté de ça, les débats ont parlé de la psynariste,
qui impose de prendre en compte la psychologie dans l'écriture du scénario.
C'est une approche novatrice. On a aussi travaillé sur la sociologie visuelle.
Derrière les films, on peut trouver l'idéologie et la sociologie. Ce sont des
éléments très forts qui ont enrichi le festival.
Et puis le palmarès, dévoilé hier -le samedi 6 juin 2026, ndlr-, a sacré La Voix de Hind Rajab Grand Prix. Le jury a
été souverain et autonome dans ses choix. Donc pour moi, c'était une édition
très satisfaisante. »
Cette édition laisse-t-elle des enseignements que les festivals africains pourraient exploiter, aussi bien pour leur organisation que pour la promotion du cinéma africain ?
Oui. Il faut que les festivals, au-delà du côté
artistique, développent davantage l'industrie. C'est l'industrie qui va
développer la filière. On s'est retrouvé avec des réalisateurs et des
directeurs de festivals venus de beaucoup de pays. Mais tout ce que nous
repartons avec en termes de programme, ce sont les contacts avec les
réalisateurs pour les inciter à inscrire leurs films à notre festival.
Pour ceux qui sont venus avec leurs films, ils n'ont
pas eu de forum avec des producteurs, des exploitants ou des distributeurs pour
vendre leurs films. Avant que le film ne soit un film, il est scénario, il est
projet. Il a besoin d'être coaché, il a besoin d'être maturé.
Tous les festivals doivent tenir compte des ateliers de formation, des pitchs pour maturer les projets et trouver des fonds pour les appuyer à la production ou à la post-production. C'est une chaîne. Les projets incubés cette année peuvent revenir deux ou trois ans après sous forme de films et la première peut se passer dans le festival qui les a incubés. Il faut aboutir à cela pour asseoir une industrie. Au-delà de la promotion, les festivals doivent accompagner le développement, la production et la post-production.
La visibilité du cinéma africain passe aussi par une plus grande convergence des acteurs du continent. Où en est aujourd’hui ce chantier ?
C'est assez difficile. Les politiques au niveau des
pays ne sont pas harmonisées. Il faut harmoniser les politiques culturelles en
matière de cinéma et d'audiovisuel. Cela va être la base pour dégager des
perspectives de mutualisation. Récemment, il y a eu une réunion des directeurs
de la cinématographie de l'UEMOA et de la Guinée-Conakry à Ouagadougou pour
asseoir une plateforme d'échanges sur l'harmonisation des politiques
culturelles cinématographiques.
Les festivals sont aujourd'hui dans une fédération qui dure depuis trois ans. Ils pourraient apporter leur contribution à ce que les politiques soient harmonisées, mais aussi les pratiques et les perspectives. Nous avons demandé par exemple que lorsqu'un film est récompensé par un festival à travers le prix de la Fédération des festivals, ce film soit retenu par l'ensemble des festivals du réseau. C'est une manière d'ouvrir des perspectives pour ce film. Il y a aussi l'échange de programmation à asseoir parce que nous sommes au sein d'une fédération. Cela va donner de la force à la Fédération des festivals. »
Quelle doit être la contribution du FESPACO dans cette dynamique ?
Sans fausse modestie, il faut remercier le FESPACO qui
a offert le premier cadre
d'échange et de conception de la Fédération. C'est à partir du FESPACO que les
bases ont été jetées. Après, cela a été finalisé au Maroc. La partition du
FESPACO est énorme. Elle doit être grande dans cette initiative étant donné que
c'est le plus grand festival, la vitrine du cinéma africain.
Nous devons réfléchir ensemble et apporter davantage en invitant beaucoup de directeurs de festivals, en créant les conditions d'échange et de réflexion, en trouvant les moyens pour déployer le plan stratégique. C'est ce que le FESPACO doit faire pour accompagner ces festivals. Le FESPACO a aujourd'hui l'obligation de porter les autres festivals pour qu'ils grandissent et s'épanouissent. C'est au bénéfice des cinémas d'Afrique.
Propos recueillis par Blaise Ahouansè

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